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Analyse · Économie politique

Ghana : ce qu’une restructuration de dette coûte vraiment à un pays

L’expérience ghanéenne montre que l’allégement d’une dette publique déplace une partie de son coût vers les banques, les épargnants, les créanciers et les finances futures.

Le coût déplacé vers l’économie nationale

Le mot « restructuration » donne parfois l’impression d’une opération presque comptable. Un État doit trop d’argent, ses créanciers acceptent de reporter les échéances ou de réduire la valeur de leurs créances, puis les finances publiques retrouvent progressivement leur équilibre. L’expérience du Ghana montre une réalité bien plus complexe.

Lorsque le pays s’est engagé dans une restructuration générale de sa dette après la crise de 2022, il ne lui suffisait pas de négocier avec quelques investisseurs étrangers. Une grande partie du problème résidait à l’intérieur même de l’économie ghanéenne. Les banques, les compagnies d’assurance, les fonds de pension et d’autres institutions financières détenaient une importante quantité de titres publics. Réduire le poids de la dette de l’État revenait donc aussi à modifier la valeur, la rémunération ou l’échéance des actifs détenus par les institutions qui financent l’économie nationale.

Le Ghana a procédé en 2023 à un échange massif de la dette domestique. Selon le FMI, l’opération devait permettre d’économiser environ huit milliards de dollars sur le service de la dette entre 2023 et 2026. Elle devait également réduire sensiblement la valeur actuelle de la dette publique à l’horizon 2028. Le gain pour le budget était réel. Le coût n’avait pas disparu. Il avait changé de lieu.

Des titres promettant certaines échéances et certains rendements ont été échangés contre de nouvelles obligations arrivant à maturité plus tard, avec des conditions financières différentes. Une partie de l’ajustement est ainsi passée du budget de l’État aux détenteurs de dette. Voilà pourquoi le traitement d’une dette souveraine ne peut jamais se résumer à une opposition entre un pays débiteur et des créanciers étrangers.

La stabilité financière au cœur du traitement

Lorsque les banques nationales détiennent une grande part de la dette publique, les difficultés de l’État deviennent aussi les leurs. Lorsque les fonds de pension détiennent ces titres, les conditions de la restructuration peuvent, indirectement, affecter l’épargne à long terme. Lorsque les compagnies d’assurance sont exposées, leurs bilans peuvent, à leur tour, être fragilisés.

Le FMI souligne précisément que les restructurations de la dette domestique doivent être conçues en tenant compte de la stabilité financière, de la composition des détenteurs et du fonctionnement futur du marché obligataire national. Les expériences récentes du Ghana et du Sri Lanka ont rappelé qu’une opération trop brutale peut résoudre un problème budgétaire tout en créant une difficulté bancaire ou financière. Cette expérience mérite une attention particulière au Sénégal.

Dakar affirme aujourd’hui privilégier un reprofilage plutôt qu’une restructuration générale. Le gouvernement veut notamment modifier certaines maturités et certains coûts de financement. La dette libellée en francs CFA devrait, selon les informations actuellement disponibles, être tenue à l’écart du dispositif envisagé. Cette exclusion explique pourquoi les détenteurs de titres extérieurs suivent les négociations avec autant d’attention : si plusieurs catégories de dette sont protégées, l’effort exigé des autres créanciers peut devenir plus important.

Ce que l’expérience ghanéenne enseigne au Sénégal

La différence entre les deux pays ne doit pas être effacée. Le Sénégal de 2026 n’est pas le Ghana de 2022. Les structures économiques ne sont pas identiques, les monnaies ne sont pas les mêmes et Dakar appartient à une union monétaire qui modifie la relation entre l’État, les banques et le financement intérieur. Mais le Ghana enseigne au moins une chose : avant d’annoncer qu’une dette sera « traitée », il faut demander qui détiendra encore la créance après le traitement, qui recevra moins d’intérêts, qui attendra plus longtemps son remboursement et quelles institutions nationales seront exposées.

Un État peut alléger son service de la dette en allongeant les échéances. Pour celui qui devait recevoir l’argent plus tôt, cet allongement constitue pourtant une perte économique. Le vocabulaire diplomatique tend à atténuer cette réalité. On parlera de reprofilage, de rééchelonnement, d’échange volontaire, de traitement comparable ou d’amélioration de la soutenabilité. Ces expressions ont leur utilité technique. Elles ne doivent pas cacher la question économique : lorsqu’une dette ne peut plus être honorée aux conditions initiales, quelqu’un supporte le coût du nouvel arrangement.

Une restructuration ne remplace pas la discipline budgétaire

Le Ghana en fournit une autre illustration. L’accord avec les créanciers extérieurs n’a pas clos la question budgétaire. En 2024, de nouvelles dépenses engagées en dehors des mécanismes ordinaires de gestion publique ont de nouveau dégradé la situation. Le FMI relevait encore en 2025 un risque élevé de surendettement, bien que la dette soit désormais considérée comme soutenable dans le cadre du programme. La restructuration n’a donc pas dispensé le Ghana de gouverner ses finances.

Cette observation concerne directement le Sénégal. L’audit de la dette cachée a mis au jour un problème de stock. Les réformes réclamées par le FMI portent également sur la manière dont l’État engage, comptabilise et contrôle ses dépenses. Le Fonds demande notamment de poursuivre l’audit des arriérés, de renforcer les contrôles budgétaires et de consolider la gestion de la dette publique. Le débat sénégalais ne devrait donc pas s’arrêter à l’interrogation sur le montant de l’effort demandé aux créanciers.

Il faudrait poser une question plus exigeante : que doit-on changer dans la gestion de l’État pour ne pas recommencer quelques années plus tard ? Une restructuration réussie n’est pas celle qui fait disparaître une partie de la dette des statistiques. C’est celle qui rend la suivante inutile.

Sources et prolongements

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