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Analyse

Sénégal, le pouvoir peut-il survivre à la rupture entre Faye et Sonko, et à leur projet commun ?

Pouvoir présidentiel, majorité parlementaire, dette publique et avenir du projet de rupture de 2024

Mansi-Dongi Dokoma13 septembre 2026 · Mise à jour 13 septembre 2026

Il arrive qu’une victoire électorale contienne déjà la contradiction qui menacera le pouvoir qu’elle installe. Celle de Bassirou Diomaye Faye, en mars 2024, reposait sur une configuration singulière : un homme accédait à la présidence tandis qu’un autre demeurait, aux yeux d’une large partie de l’électorat, l’inspirateur politique du changement. Ousmane Sonko n’avait pas pu être candidat. Bassirou Diomaye Faye le fut à sa place et remporta l’élection. Dès lors, le nouveau pouvoir sénégalais associait deux légitimités difficilement dissociables, mais qui ne pouvaient pas se confondre durablement.

Deux ans plus tard, cette ambiguïté est devenue une fracture institutionnelle.

Ousmane Sonko n’est plus Premier ministre. Il préside l’Assemblée nationale et conserve la direction du Pastef, qui dispose, depuis les élections législatives de novembre 2024, d’une majorité écrasante de 130 sièges sur 165. Bassirou Diomaye Faye, de son côté, a constitué sa propre formation, Kiiraay — Les Patriotes républicains. L’alliance qui avait permis l’alternance de 2024 a donc laissé place à deux pôles politiques, chacun disposant d’une ressource essentielle du pouvoir : au président, l’État et la légitimité présidentielle ; à Sonko, un parti puissamment organisé et une majorité parlementaire issue de la même vague électorale.

On pourrait réduire cette évolution à une querelle entre deux hommes. Ce serait manquer ce qu’elle révèle sur le problème sénégalais.

Une victoire construite à deux

Bassirou Diomaye FayeBassirou Diomaye Faye
Ousmane SonkoOusmane Sonko
Les deux figures issues de l’alternance de 2024. Sources photographiques : Union européenne, via Wikimedia Commons (CC BY 4.0) et Pulse Sénégal.

Bassirou Diomaye Faye n’était pas, avant 2024, destiné à incarner seul une rupture historique. Son ascension fut directement liée à l’empêchement d’Ousmane Sonko, dont la candidature avait été écartée. Libérés de prison peu avant le scrutin, les deux hommes menèrent une campagne où leurs identités politiques semblaient presque imbriquées.

Faye remporta finalement la présidence. Mais la formule politique née de cette victoire comportait une question non résolue : lorsqu’un président doit une partie décisive de son accession au pouvoir à un chef de parti doté d’une influence politique propre, où se situe le centre réel de décision ?

Bassirou Diomaye Faye avait très tôt insisté sur son autonomie et sur le fait que la présidence ne pouvait être exercée par procuration.

La difficulté n’était donc pas accidentelle. Elle était inscrite dans la naissance même du nouveau pouvoir.

Tant que Faye et Sonko poursuivaient la même stratégie, cette dualité pouvait être présentée comme une complémentarité. Le président incarnait l’État ; son Premier ministre portait la force militante et la promesse de rupture. Mais dès que des divergences sont apparues sur les méthodes, les institutions et, surtout, la politique économique, cette complémentarité s’est transformée en compétition.

Le désaccord est devenu public. Sonko avait déjà dénoncé en 2025 un « problème d’autorité ». En mai 2026, Faye l’a finalement démis de ses fonctions de Premier ministre. Sonko a ensuite retrouvé l’Assemblée nationale, dont il est devenu président, tandis qu’Ahmadou Al Aminou Lo prenait la tête du gouvernement. Quelques semaines plus tard, le président annonçait puis créait sa propre organisation politique.

Ce n’est donc plus une tension au sommet de l’exécutif. Deux centres politiques se font désormais face.

L’épreuve inattendue de la dette

Cette séparation intervient au moment où le Sénégal découvre qu’il dispose de bien moins de liberté économique que ne le supposait le programme de transformation présenté aux électeurs en 2024.

L’arrivée au pouvoir de Faye et Sonko devait permettre de restaurer une souveraineté politique et économique : meilleure maîtrise des ressources naturelles, renégociation de certains rapports avec les partenaires étrangers, lutte contre la corruption, création d’emplois et redistribution plus équitable des revenus issus des hydrocarbures.

Mais les audits des comptes publics ont profondément modifié le cadre.

Les nouvelles autorités ont révélé que l’endettement hérité de l’administration précédente avait été considérablement sous-évalué. Pour l'année 2023 seule, un audit a porté la dette de 74,41 % à 99,67 % du PIB. Les évaluations ultérieures ont encore aggravé le constat. Le FMI estimait en juin 2026 la dette totale du secteur public à environ 132 % du PIB à la fin de 2024.

Le problème dépasse la comptabilité : lorsqu’un État découvre que son endettement réel excède très fortement celui qui figurait dans ses comptes, trois contraintes s’imposent simultanément. Il doit rétablir la confiance des créanciers, restaurer la crédibilité de ses statistiques publiques et financer les promesses sociales sur lesquelles le pouvoir a été élu.

La dette donne ainsi à la rupture politique sa traduction la plus concrète.

Le désaccord entre Faye et Sonko a notamment porté sur la conduite des négociations avec le Fonds monétaire international. Le président et son ancien Premier ministre n’ont pas seulement divergé sur des personnes ou sur l’organisation du pouvoir. Ils se sont trouvés confrontés à la question centrale de toute politique de souveraineté : que reste-t-il de la liberté de décision lorsque l’État dépend d’un accord avec ses bailleurs de fonds et ses créanciers pour restaurer sa capacité de financement ?

« Reprofiler » sans restructurer ?

Le vocabulaire employé par les autorités sénégalaises mérite ici une attention particulière.

Le gouvernement affirme vouloir « reprofiler » une partie de la dette plutôt que de procéder à une restructuration classique. Le principe consiste notamment à prolonger certaines échéances et à renégocier les conditions financières afin de réduire la pression immédiate sur les finances publiques.

Le 8 septembre 2026, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo a indiqué que le pays devait également apurer environ 3,5 milliards de dollars d’arriérés. Le Sénégal a, parallèlement, conclu, au niveau des services, un accord avec le FMI portant sur un programme de trois ans d’environ 2,2 milliards de dollars.

Cette distinction entre reprofilage et restructuration revêt une portée politique évidente.

La restructuration de dette évoque l’échec, l’insolvabilité ou, du moins, l’incapacité d’un État à respecter intégralement les engagements contractés antérieurement. Le reprofilage suggère, au contraire, une gestion technique des échéances.

Mais le créancier ne raisonne pas nécessairement selon les mêmes catégories que le gouvernement.

Dès le début de septembre, plusieurs détenteurs d’obligations sénégalaises se sont constitués en groupe et ont retenu le cabinet White & Case pour les représenter. Amundi, premier gestionnaire d’actifs européen, estimait quelques jours plus tard que la valorisation des titres sénégalais ne reflétait peut-être pas pleinement le risque associé aux futures négociations.

Le conflit sur les mots annonce donc un conflit beaucoup plus concret sur la répartition des coûts de l’ajustement.

Reste à déterminer qui en supportera le coût : les créanciers étrangers, les détenteurs domestiques de dette publique, le budget de l’État, les contribuables, les consommateurs par la diminution des subventions, les bénéficiaires de programmes sociaux ou les futurs investissements publics.

La réponse à ces questions pèsera davantage sur la stabilité du pouvoir sénégalais que sur bien des rivalités personnelles.

Le paradoxe des hydrocarbures

Le Sénégal possède pourtant un atout que de nombreux pays très endettés n’ont pas : l’entrée en production pétrolière et gazière.

En 2025, la croissance réelle du PIB a atteint 6,7 %, portée notamment par les hydrocarbures. La population s’élevait à environ 18,9 millions d’habitants et le PIB à environ 37 milliards de dollars.

À première vue, la contradiction paraît donc étrange : pourquoi un pays qui entre dans l’ère pétrolière connaît-il simultanément une crise majeure de la dette ?

La croissance tirée des hydrocarbures ne procure pas immédiatement au budget les ressources nécessaires pour résorber une dette déjà accumulée. L’État ne perçoit, en outre, qu’une partie des revenus issus de l’exploitation. L’anticipation de recettes futures peut même encourager de nouveaux emprunts, puisque les revenus de demain servent de garantie aux dépenses d’aujourd’hui.

Le défi du Sénégal consiste dès lors à éviter ce que l’on pourrait appeler la souveraineté hypothéquée : disposer de nouvelles ressources tout en ayant déjà engagé une partie de la capacité financière qu’elles devaient procurer.

Le défi du Sénégal consiste à éviter une souveraineté hypothéquée : disposer de nouvelles ressources tout en ayant déjà engagé une partie de leur capacité financière.

La renégociation des contrats miniers et le partage de la rente extractive entre l’État et les populations prennent dès lors une importance décisive.

Deux pouvoirs issus de la même révolution électorale

La rupture Faye-Sonko ne reproduit pas l’affrontement habituel entre le pouvoir et l’ancienne opposition : elle partage le camp qui a remporté l’alternance de 2024.

L’opposition traditionnelle existe toujours, mais le conflit politique décisif pourrait désormais se jouer entre deux héritiers de l’alternance de 2024.

Faye possède les instruments exécutifs et la visibilité internationale du chef de l’État. Sonko conserve une organisation militante, le Pastef, ainsi qu’un poids parlementaire considérable. Le président de la République doit par conséquent gouverner avec une Assemblée dont la majorité politique ne lui appartient plus de la même manière qu’au lendemain des législatives de 2024.

La tentative de réforme constitutionnelle de juin 2026 en a fourni une première manifestation spectaculaire. Une réforme soutenue par la majorité parlementaire visait à renforcer les pouvoirs de l’Assemblée et à encadrer davantage ceux du président. Bassirou Diomaye Faye saisit la juridiction constitutionnelle, qui a finalement écarté le texte.

La crise politique sénégalaise devient ainsi une expérience institutionnelle.

Comment fonctionne un régime lorsque le président et le chef de file de la majorité parlementaire proviennent du même mouvement historique, mais ne poursuivent plus la même stratégie ?

Le Sénégal pourrait être en train d’inventer, sans l’avoir voulu, une forme de cohabitation au sein de l’ancienne majorité.

Les élections locales comme premier verdict

Les élections locales attendues en 2027 devraient fournir le premier indicateur sérieux du rapport de force.

Elles permettront de savoir si l’électorat qui avait porté la rupture en 2024 se reconnaît prioritairement dans Sonko, dans Faye, dans les deux, ou déjà dans aucun des deux.

La simple fixation du calendrier est devenue litigieuse. Pastef insiste sur le respect des échéances électorales, tandis que l’opposition refuse également tout report qui prolongerait artificiellement les mandats locaux en vigueur.

Le scrutin local prendra par conséquent une portée nationale.

Une victoire du Pastef conforterait l’idée que Sonko conserve la propriété politique du mouvement qui a conduit à l’alternance.

Une progression importante de Kiiraay démontrerait, au contraire, que Faye peut transformer la légitimité présidentielle acquise en 2024 en une force politique autonome.

Un retour significatif de l’ancienne opposition révélerait enfin quelque chose de plus inquiétant pour les deux hommes : leur affrontement aurait commencé à dissiper le capital politique de la rupture.

Peut-on encore sauver le projet de 2024 ?

Une réconciliation demeure possible, mais l’avenir du projet de 2024 ne peut dépendre de cette seule hypothèse.

La question est de savoir ce qui, dans leur projet commun, peut survivre à leur séparation.

La question est de savoir ce qui, dans leur projet commun, peut survivre à leur séparation.

Réduite au refus des anciennes dépendances, la souveraineté resterait incomplète : la dette rappelle qu’elle exige des capacités financières, administratives et productives. Une rupture limitée au remplacement d’une élite par une autre s’épuiserait, quant à elle, dans la lutte pour le contrôle des institutions. Elle ne conservera sa portée que si elle restaure la transparence des comptes publics, améliore la négociation des ressources, renforce les contre-pouvoirs et transforme durablement la relation entre gouvernants et gouvernés. Le conflit entre Faye et Sonko oblige ainsi chacun à préciser ce qu’il entend conserver du projet initial.

Le principal enjeu sénégalais se situe ici : en 2024, deux hommes avaient présenté leur complémentarité comme une réponse à la crise du système politique ; en 2026, leur séparation les oblige à démontrer que le changement ne dépendait pas uniquement de leur alliance.

Le pays pourra alors juger si la rupture promise était assez solidement inscrite dans les institutions pour survivre au divorce de ceux qui l’avaient incarnée.

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DOSSIER MÉRISPHÈRE

Sénégal : pouvoir, dette et recomposition politique

Date de clôture documentaire : 13 septembre 2026

Rédaction Mérisphère

Dossier associé à l'article :

Le pouvoir peut-il survivre à la rupture entre Faye, Sonko et leur projet commun ?

1. Repères essentiels

Capitale : Dakar

Population : environ 18,9 millions d’habitants en 2025.

PIB : environ 37 milliards de dollars en 2025.

Croissance réelle du PIB en 2025 : 6,7 %.

Monnaie : franc CFA de l’UEMOA.

Président de la République : Bassirou Diomaye Faye.

Premier ministre : Ahmadou Al Aminou Lo.

Président de l’Assemblée nationale : Ousmane Sonko.

Parti disposant de la majorité parlementaire : Pastef.

Résultat des législatives de novembre 2024 : 130 sièges sur 165 pour Pastef.

Sources principales : Banque mondiale, FMI, Reuters, Associated Press.

2. La situation en une phrase

Le Sénégal combine en 2026 une crise de succession interne au pouvoir, née de l’alternance de 2024, une majorité parlementaire contrôlée par l’ancien Premier ministre Ousmane Sonko et une crise d’endettement qui réduit fortement la marge de manœuvre économique du président Bassirou Diomaye Faye.

3. Chronologie

Mars 2024

Bassirou Diomaye Faye remporte l'élection présidentielle après avoir été désigné candidat de substitution à la place d'Ousmane Sonko, empêché de se présenter. Les deux hommes avaient été libérés de prison quelques jours avant le scrutin.

Avril 2024

Installation du nouveau pouvoir. Ousmane Sonko devient Premier ministre.

Septembre 2024

Les nouvelles autorités annoncent que les comptes publics hérités du précédent gouvernement sous-évaluaient fortement la dette et le déficit.

Novembre 2024

Pastef remporte 130 des 165 sièges de l'Assemblée nationale.

2025

Les audits successifs compliquent l'évaluation du niveau réel d'endettement. L'ancien programme du FMI demeure suspendu. Les tensions entre Faye et Sonko deviennent publiques.

2025-2026

La production pétrolière et gazière soutient fortement l'activité. La croissance réelle atteint 6,7 % en 2025.

Mai 2026

Bassirou Diomaye Faye démet Ousmane Sonko de ses fonctions de Premier ministre.

Ahmadou Al Aminou Lo est nommé à la tête du gouvernement.

Sonko revient à l'Assemblée nationale et en devient le président.

Juin 2026

Le FMI estime la dette du secteur public à environ 132 % du PIB à la fin de 2024.

Une réforme constitutionnelle soutenue par la majorité parlementaire vise à réduire certains pouvoirs présidentiels et à renforcer l'Assemblée.

Juillet 2026

La juridiction constitutionnelle écarte la réforme.

Faye crée ensuite son propre parti, Kiiraay — Les Patriotes républicains, consacrant politiquement sa rupture avec Sonko et le Pastef.

Août 2026

Les tensions se déplacent notamment vers les élections locales de 2027 et le calendrier électoral.

Septembre 2026

Le gouvernement annonce qu’il privilégiera un « reprofilage » de la dette. Le Premier ministre évoque environ 3,5 milliards de dollars d'arriérés à apurer.

Un accord au niveau des services est conclu avec le FMI pour un programme d'environ 2,2 milliards de dollars sur trois ans.

Des détenteurs internationaux d'obligations sénégalaises commencent à s'organiser en vue des prochaines négociations.

4. Cartographie des acteurs

Bassirou Diomaye Faye

Ressources :

Présidence de la République ; contrôle de l'exécutif ; représentation internationale de l'État ; nouvelle formation politique Kiiraay.

Objectif probable :

Constituer une légitimité politique indépendante de Sonko et disposer d'une base électorale propre.

Contrainte :

Une large majorité parlementaire provient encore du Pastef.

Ousmane Sonko

Ressources :

direction du Pastef ; présidence de l'Assemblée nationale ; forte implantation militante ; rôle historique dans l'alternance de 2024.

Objectif probable :

Préserver le contrôle idéologique et politique du projet de rupture porté par l'opposition.

Contrainte :

Il n'exerce plus directement le pouvoir exécutif.

Ahmadou Al Aminou Lo

Fonction :

Premier ministre depuis mai 2026.

Importance :

Son profil d'économiste et d'ancien banquier central intervient au moment où la gestion de la dette devient la priorité immédiate du gouvernement.

Pastef

Position :

Parti dirigé par Ousmane Sonko et détenteur de la majorité parlementaire issue des législatives de 2024.

Enjeu :

Transformer cette majorité juridique en autonomie politique vis-à-vis du président.

Kiiraay — Les Patriotes républicains

Position :

Nouvelle organisation présidentielle créée par Bassirou Diomaye Faye en juillet 2026.

Enjeu :

Démontrer que la légitimité du président peut se traduire par une implantation électorale autonome.

Fonds monétaire international

Enjeu :

Restaurer la soutenabilité de la dette, obtenir des données fiables et renforcer les mécanismes de gestion financière avant et pendant un nouveau programme.

Créanciers obligataires internationaux

Enjeu :

Limiter les pertes éventuelles résultant du reprofilage ou de la restructuration de la dette.

Au moins huit gestionnaires de fonds se sont regroupés et ont choisi White & Case comme conseil juridique en septembre 2026.

5. Les chiffres à retenir

IndicateurValeur indicativeDate
Population18,93 millions2025
PIB nominalenviron 37 milliards USD2025
Croissance réelle6,7 %2025
Dette du secteur publicenviron 132 % du PIBfin 2024, estimation FMI publiée en 2026
Déficit budgétaire13,4 % du PIB2024
Déficit budgétaire6,4 % du PIB2025, estimation FMI de juin 2026
Programme FMI en discussionenviron 2,2 milliards USD2026
Arriérés évoqués par le gouvernementenviron 3,5 milliards USDseptembre 2026
Sièges Pastef à l’Assemblée130 sur 165élections de 2024

Sources: FMI, Banque mondiale, Reuters.

Précaution méthodologique : les estimations relatives à la dette ont évolué au fil des audits. Il convient donc de toujours publier la date et le périmètre de chaque chiffre.

6. Faits établis, affirmations contestées, inconnues

CatégorieÉlément
Fait établiFaye a démis Sonko de ses fonctions de Premier ministre en mai 2026.
Fait établiSonko préside désormais l’Assemblée nationale et le Pastef.
Fait établiFaye a créé sa propre formation politique en juillet 2026.
Fait établiPastef détient la majorité issue des législatives de 2024.
Fait établiLes comptes publics antérieurs avaient fortement sous-évalué l’endettement.
Fait établiLe FMI estimait la dette totale du secteur public à environ 132 % du PIB à fin 2024.
Fait établiLe gouvernement privilégie officiellement le terme « reprofilage ».
Contesté ou interprétationLa qualification économique de ce reprofilage : certains investisseurs peuvent considérer qu’il s’agit, en substance, d’une restructuration.
InconnuLes conditions définitives qui seront imposées aux différentes catégories de créanciers.
InconnuLa part exacte de l’ajustement supportée par les créanciers, le budget et la population.
InconnuLe rapport électoral réel entre Faye et Sonko après leur séparation.
InconnuLes conséquences de la recomposition sur la présidentielle de 2029.

7. Pourquoi la dette constitue le cœur du dossier

Le débat ne doit pas se réduire au ratio dette/PIB.

Il faut distinguer le stock de dette, c’est-à-dire les sommes accumulées ; le service de la dette, soit ce qu’il faut effectivement rembourser chaque année ; la monnaie de la dette, puisqu’une dette en francs CFA n’implique pas exactement les mêmes contraintes qu’une dette en dollars ou en euros ; la nature des créanciers, qui peuvent être domestiques, multilatéraux, bilatéraux ou privés ; les échéances, dont la concentration peut provoquer une crise de liquidité même lorsqu’un État conserve à plus long terme des ressources importantes ; enfin, les recettes futures d’hydrocarbures, dont il faut distinguer la valeur économique globale des recettes effectivement perçues par l’État.

8. Arguments favorables à la thèse de l'article

1. La rupture est structurelle

Elle concerne désormais simultanément le gouvernement, le Parlement et les organisations partisanes.

2. Le pouvoir issu de 2024 possède deux légitimités concurrentes

Faye bénéficie de l’élection présidentielle, tandis que Sonko conserve le parti et une majorité parlementaire très importante.

3. La dette réduit l'espace du compromis

Lorsque les ressources disponibles diminuent, les arbitrages produisent nécessairement des gagnants et des perdants.

4. Les prochaines élections mesureront les forces réelles

La popularité supposée des deux camps devra être confrontée au vote.

5. Le projet initial doit désormais exister indépendamment de ses fondateurs

La pérennité de l'alternance de 2024 dépendra de sa traduction institutionnelle et économique.

9. Objections à la thèse

Objection 1

Les institutions sénégalaises ont déjà traversé de fortes crises politiques. La rupture entre deux dirigeants ne signifie pas nécessairement une crise du régime.

Objection 2

Faye et Sonko proviennent du même univers politique. Une recomposition ou une réconciliation demeure possible.

Objection 3

La croissance liée aux hydrocarbures peut progressivement améliorer les marges budgétaires.

Objection 4

La révélation de la dette peut être interprétée comme un signe positif de transparence plutôt que comme une preuve de l'échec du nouveau pouvoir.

Objection 5

L'existence d'un président, d'une majorité parlementaire autonome et de contre-pouvoirs actifs peut finalement renforcer le pluralisme politique.

10. Comparaisons africaines utiles

Ghana : le coût intérieur d'une restructuration

Le Ghana a dû inclure une part importante de sa dette intérieure dans le cadre de sa restructuration. L'expérience montre que le traitement de la dette n'est pas seulement une négociation avec des créanciers étrangers : il affecte également les banques, les investisseurs locaux, les épargnants et les finances publiques.

Question pour le Sénégal : qui sera inclus ou exclu du périmètre du futur traitement ?

Zambie : le temps long des négociations

La Zambie a mis plus de trois ans à parvenir à un accord majeur avec ses détenteurs d'obligations dans le cadre du mécanisme commun du G20.

Question pour le Sénégal : comment éviter qu'une négociation prolongée ne paralyse l'investissement et l'accès aux marchés ?

Mozambique : la dette cachée et la confiance institutionnelle

Le scandale mozambicain a montré qu'une dette non déclarée produit une crise dépassant très largement le seul montant emprunté : elle atteint la crédibilité de l'État, des mécanismes de contrôle et des partenaires internationaux.

Le montant dissimulé découvert au Sénégal apparaît toutefois nettement supérieur à celui du précédent mozambicain.

Question pour le Sénégal : comment reconstruire durablement la fiabilité de l'information budgétaire ?

11. Questions à suivre

  1. Quelles dettes seront effectivement concernées par le reprofilage ?
  2. Les obligations libellées en francs CFA resteront-elles entièrement hors du dispositif ?
  3. Quelles concessions seront demandées aux créanciers internationaux ?
  4. Quelles contreparties budgétaires accompagneront le programme du FMI ?
  5. Comment évolueront les subventions énergétiques ?
  6. Quel sera le calendrier définitif des élections locales ?
  7. Quels élus et cadres du Pastef rejoindront Kiiraay ?
  8. Quelle proportion de l'électorat de 2024 suivra Faye et quelle proportion demeurera fidèle à Sonko ?
  9. Quels revenus les hydrocarbures apporteront-ils effectivement au budget de l'État ?
  10. Les contrats pétroliers, gaziers et miniers seront-ils renégociés et selon quelles modalités ?
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