Diomaye-Sonko
Du compagnonnage politique à la séparation institutionnelle : douze années qui conduisent du Pastef à deux camps distincts.
De « Diomaye mooy Sonko » à deux camps politiques
| 2014 | Ousmane Sonko participe à la création du Pastef. Bassirou Diomaye Faye rejoint le mouvement. |
| 2019 | Sonko se présente à l'élection présidentielle et termine troisième. |
| 2021-2023 | Ses démêlés judiciaires et les manifestations plongent le Sénégal dans une longue période de tensions politiques. |
| 2023 | La candidature de Sonko à l'élection présidentielle de 2024 devient impossible. Bassirou Diomaye Faye est choisi pour porter le projet politique. |
| Mars 2024 | Les deux hommes sortent de prison quelques jours avant le scrutin. La campagne popularise le slogan « Diomaye mooy Sonko ». |
| 24 mars 2024 | Bassirou Diomaye Faye remporte l'élection présidentielle au premier tour. |
| 2 avril 2024 | Il prête serment et nomme Ousmane Sonko Premier ministre. |
| 22 mai 2026 | Bassirou Diomaye Faye met fin aux fonctions d'Ousmane Sonko. |
| Juillet 2026 | Le président lance sa propre formation politique. |
| Septembre 2026 | Plusieurs responsables présentés comme proches de Sonko perdent des fonctions publiques. |
| 24 septembre 2026 | Depuis New York, Bassirou Diomaye Faye revient publiquement sur ses relations avec Ousmane Sonko. |
Qui devait quoi à qui ?
Ousmane Sonko était la figure politique autour de laquelle le Pastef s'était construit. Son inéligibilité a conduit le mouvement à présenter Bassirou Diomaye Faye. Une fois l'élection terminée, une autre légitimité apparaît : les électeurs ont élu Bassirou Diomaye Faye.
Pourquoi le poste de Premier ministre ne réglait-il pas le problème ?
La nomination de Sonko à la Primature semblait offrir une solution naturelle. Cet équilibre ne pouvait fonctionner que tant que les deux hommes étaient d'accord sur l'essentiel.
Après Sonko, un pouvoir présidentiel plus nettement identifié
Le remplacement du Premier ministre n'a pas été le seul changement. En juillet, Bassirou Diomaye Faye a lancé sa propre formation politique.
Macky Sall : l'ancien adversaire que l'État soutient
Le 24 septembre, Bassirou Diomaye Faye a publiquement défendu les chances de Macky Sall dans la course au secrétariat général des Nations unies. Il serait abusif d'en conclure à un rapprochement politique général.
Senghor et Mamadou Dia — quand deux têtes ne gouvernent plus ensemble
À l'indépendance du Sénégal, Léopold Sédar Senghor est président de la République et Mamadou Dia président du Conseil. Leur confrontation institutionnelle de 1962 s'achève par l'arrestation et la condamnation de Dia.
Chirac et Balladur — l'amitié jusqu'à l'élection
Longtemps proches, Jacques Chirac et Édouard Balladur se retrouvent adversaires lors de la présidentielle de 1995.
Sankara et Compaoré — le précédent que les comparaisons déforment
Thomas Sankara et Blaise Compaoré ont été compagnons d'armes. Sankara est assassiné lors du coup d'État du 15 octobre 1987, qui a mis Compaoré au pouvoir. Rien dans la rupture Diomaye-Sonko ne permet d'assimiler les deux histoires.
Castro et Guevara — partir sans devenir ennemis
Fidel Castro et Ernesto Guevara ont combattu ensemble. Guevara quitte ensuite Cuba pour poursuivre son projet révolutionnaire à l'étranger. Leur séparation ne se traduit pas publiquement par une compétition pour diriger Cuba.
Le pouvoir détruit-il nécessairement l'amitié ?
Non. Chercher uniquement des amitiés brisées fausserait la question. Une fois au pouvoir, il faut cependant décider, et ce sont les institutions qui déterminent qui a le dernier mot.
Le président doit-il quelque chose à celui qui l'a fait candidat ?
Politiquement, oui. Institutionnellement, la réponse change dès le soir de l'élection. Le président tire son mandat des électeurs. Une dette politique n’est pas une dette constitutionnelle.
Deux hommes politiques peuvent-ils rester amis quand l'un d'eux devient président ?
La question ne demande pas de choisir entre Diomaye Faye et Ousmane Sonko. L'un peut rappeler qu'il a fondé le mouvement ; l'autre, que depuis, une élection a eu lieu. Les deux affirmations peuvent être vraies en même temps.