Interrogé à New York par RFI et France 24, Bassirou Diomaye Faye a invoqué des divergences persistantes et une rupture de confiance pour expliquer le remplacement de celui qui fut son Premier ministre, son compagnon de parti et l'homme sans lequel son accession à la présidence n'aurait guère suivi le même chemin.
La déclaration touche à quelque chose de plus profond dans l'histoire politique récente du Sénégal. Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko ont longtemps été présentés comme les deux visages d'un même projet.
Le pouvoir a changé cette relation.
Un président qui ne veut plus être le second
En mars 2024, Bassirou Diomaye Faye accède à la présidence dans des circonstances exceptionnelles. Ousmane Sonko, empêché de se présenter, l'a désigné comme candidat de substitution. Tous deux sortent de prison quelques jours avant le scrutin. Diomaye Faye gagne dès le premier tour.
La formule « Diomaye mooy Sonko » accompagne alors la campagne. Elle veut signifier la continuité entre les deux hommes et rassurer un électorat qui avait d'abord placé ses espoirs en Ousmane Sonko.
Une fois élu, Bassirou Diomaye Faye nomme celui-ci Premier ministre.
La rupture ne s'est pas faite en un jour
Les désaccords sont progressivement sortis du cercle du pouvoir. Ousmane Sonko a conservé une parole politique propre, parfois plus offensive que celle du président. Des divergences sont apparues quant à la conduite du gouvernement, aux relations avec certains partenaires internationaux et à la manière de poursuivre le projet de rupture promis pendant la campagne.
Bassirou Diomaye Faye donne aujourd'hui sa version : ces divergences ont fini par rendre impossible le maintien de Sonko à la tête du gouvernement. Il récuse notamment l'idée selon laquelle leur séparation aurait été provoquée par le seul dossier du Fonds monétaire international.
Ousmane Sonko conteste, de son côté, certaines lectures de cette rupture. Les deux anciens partenaires ne racontent donc pas nécessairement leur séparation de la même manière. Ce désaccord sur le désaccord lui-même est politiquement révélateur.