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AFRIQUE DE L’OUEST / SÉNÉGAL

Sénégal — Diomaye Faye et Sonko : le pouvoir avant l’amitié ?

Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko ne gouvernent plus ensemble. Le président sénégalais vient de dire publiquement ce qui, depuis plusieurs mois, ne faisait plus guère de doute : entre les deux hommes, la rupture politique est consommée.
Koffi Mensah
25 septembre 2026 | Lecture : 8 minutes
Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko
Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, Sénégal, 2026. Source photographique : Seneweb.
« Elles montrent autre chose : l'amitié politique fonctionne relativement bien tant que les compagnons partagent le même combat. Elle devient beaucoup plus difficile lorsque la victoire distribue les fonctions, les responsabilités et le dernier mot. »

Interrogé à New York par RFI et France 24, Bassirou Diomaye Faye a invoqué des divergences persistantes et une rupture de confiance pour expliquer le remplacement de celui qui fut son Premier ministre, son compagnon de parti et l'homme sans lequel son accession à la présidence n'aurait guère suivi le même chemin.

La déclaration touche à quelque chose de plus profond dans l'histoire politique récente du Sénégal. Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko ont longtemps été présentés comme les deux visages d'un même projet.

Le pouvoir a changé cette relation.

Un président qui ne veut plus être le second

En mars 2024, Bassirou Diomaye Faye accède à la présidence dans des circonstances exceptionnelles. Ousmane Sonko, empêché de se présenter, l'a désigné comme candidat de substitution. Tous deux sortent de prison quelques jours avant le scrutin. Diomaye Faye gagne dès le premier tour.

La formule « Diomaye mooy Sonko » accompagne alors la campagne. Elle veut signifier la continuité entre les deux hommes et rassurer un électorat qui avait d'abord placé ses espoirs en Ousmane Sonko.

Une fois élu, Bassirou Diomaye Faye nomme celui-ci Premier ministre.

La rupture ne s'est pas faite en un jour

Les désaccords sont progressivement sortis du cercle du pouvoir. Ousmane Sonko a conservé une parole politique propre, parfois plus offensive que celle du président. Des divergences sont apparues quant à la conduite du gouvernement, aux relations avec certains partenaires internationaux et à la manière de poursuivre le projet de rupture promis pendant la campagne.

Bassirou Diomaye Faye donne aujourd'hui sa version : ces divergences ont fini par rendre impossible le maintien de Sonko à la tête du gouvernement. Il récuse notamment l'idée selon laquelle leur séparation aurait été provoquée par le seul dossier du Fonds monétaire international.

Ousmane Sonko conteste, de son côté, certaines lectures de cette rupture. Les deux anciens partenaires ne racontent donc pas nécessairement leur séparation de la même manière. Ce désaccord sur le désaccord lui-même est politiquement révélateur.

L’ESSENTIEL

Un président qui ne veut plus être le second
En mars 2024, Bassirou Diomaye Faye accède à la présidence dans des circonstances exceptionnelles. Ousmane Sonko, empêché de se présenter, l'a désigné comme candidat de substitution. Tous deux sortent de prison quelques jours avant le scrutin. Diomaye Faye gagne dès le premier tour.
La rupture ne s'est pas faite en un jour
Les désaccords sont progressivement sortis du cercle du pouvoir. Ousmane Sonko a conservé une parole politique propre, parfois plus offensive que celle du président. Des divergences sont apparues quant à la conduite du gouvernement, aux relations avec certains partenaires internationaux et à la manière de poursuivre le projet de rupture promis pendant la campagne.
Macky Sall au milieu du tableau
À la tribune de l'Assemblée générale des Nations unies, le 24 septembre, Bassirou Diomaye Faye a renouvelé officiellement le soutien du Sénégal à la candidature de son prédécesseur au poste de secrétaire général de l'ONU. Le geste est institutionnel. Un président peut parfaitement soutenir la candidature internationale d'un ancien chef de l'État, y compris lorsqu'ils appartiennent à des camps politiques opposés. Mais le symbole est difficile à ignorer.

Macky Sall au milieu du tableau

À la tribune de l'Assemblée générale des Nations unies, le 24 septembre, Bassirou Diomaye Faye a renouvelé officiellement le soutien du Sénégal à la candidature de son prédécesseur au poste de secrétaire général de l'ONU. Le geste est institutionnel. Un président peut parfaitement soutenir la candidature internationale d'un ancien chef de l'État, y compris lorsqu'ils appartiennent à des camps politiques opposés. Mais le symbole est difficile à ignorer.

Bassirou Diomaye Faye a été élu à l'issue d'une confrontation politique extrêmement rude avec le régime de Macky Sall. Lui-même et Ousmane Sonko ont connu la prison.

Deux ans plus tard, le président défend publiquement la candidature internationale de Macky Sall, alors que son alliance avec Sonko est rompue.

Cela ne signifie pas que Bassirou Diomaye Faye aurait rejoint le camp de son prédécesseur. Cela montre, en revanche, combien l'exercice de la présidence peut déplacer les relations politiques établies avant l'élection.

Deux politiciens peuvent-ils rester amis quand l'un d'eux devient président ?

Ousmane Sonko occupait une place singulière auprès de Bassirou Diomaye Faye. Il n'était pas simplement un Premier ministre choisi à la suite d'une victoire présidentielle, mais un compagnon de lutte.

La politique a connu beaucoup d'amitiés qui n'ont pas résisté au pouvoir. De telles histoires sont nombreuses, même si chacune d’elles garde sa singularité. Au Sénégal même, pays d’Ousmane Sonko et de Bassirou Diomaye, Léopold Sédar Senghor et Mamadou Dia avaient construit ensemble les premières années de l'indépendance. Leur confrontation institutionnelle en 1962 s'acheva par l'arrestation de Mamadou Dia, sa condamnation et de longues années de détention.

En France, Jacques Chirac et Édouard Balladur offrent des histoires très différentes. Longtemps proches, ils se retrouvèrent adversaires lors de l'élection présidentielle de 1995.

L'histoire de Thomas Sankara et de Blaise Compaoré est bien plus tragique. Toute comparaison directe avec le Sénégal actuel serait historiquement injustifiable.

Fidel Castro et Ernesto Che Guevara constituent un autre cas. Leur éloignement géographique et politique n'a pas débouché sur une confrontation comparable.

Ces histoires ne permettent donc pas d'annoncer celle de Diomaye Faye et de Sonko.

Elles montrent autre chose : l'amitié politique fonctionne relativement bien tant que les compagnons partagent le même combat. Elle devient beaucoup plus difficile lorsque la victoire distribue les fonctions, les responsabilités et le dernier mot.

Le cas sénégalais présente même une particularité supplémentaire. Celui qui avait initialement la plus grande force politique n'est pas celui qui a reçu le mandat présidentiel.

Leur amitié pouvait supporter beaucoup de choses. Elle devait désormais supporter une question bien plus difficile : lorsque les deux ne sont plus d'accord, lequel doit céder ? Si les institutions sénégalaises y ont déjà répondu, la politique sénégalaise, elle, n'y a pas encore pleinement répondu.

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