Une distance qui n'est pas choisie
Paris et Fort-de-France sont séparés par près de 7 000 kilomètres. Pointe-à-Pitre se trouve à une distance comparable. Pour relier les Antilles à l'Hexagone, l'avion n'est pas une commodité parmi d'autres. L'Antillais qui vit à Paris, Lyon ou Bordeaux n'achète pas toujours un voyage touristique lorsqu'il prend l'avion pour Fort-de-France ou Pointe-à-Pitre. Il peut aller voir ses parents, assister à des obsèques, passer les fêtes en famille, accompagner un proche malade ou simplement maintenir un lien avec le territoire où il a grandi.
Partir au mauvais moment coûte cher
Le tarif moyen ne raconte d'ailleurs qu'une partie de l'histoire. Les prix varient fortement selon la période. Celui qui peut partir en septembre et acheter son billet longtemps à l'avance n'est pas dans la même situation que la famille qui doit voyager pendant les vacances scolaires. Les familles ne peuvent pas toujours déplacer Noël en septembre.
La continuité territoriale a un prix
La France utilise depuis longtemps la notion de continuité territoriale pour tenter de réduire les conséquences de l'éloignement géographique de ses territoires ultramarins. Des dispositifs d'aide à la mobilité existent. Le rapport William propose notamment de les revoir et d'agir sur plusieurs composantes du prix du billet. Le débat porte donc sur la manière de partager le coût de la distance.
Vivre ailleurs sans cesser d'être de là-bas
La question dépasse le transport.
Une population qui s'installe durablement hors de son territoire ne rompt pas nécessairement avec celui-ci. Les liens familiaux, les propriétés, les obligations, les habitudes, les fêtes, les décès et, parfois, le projet d'un retour définitif continuent d'organiser une partie de sa vie.
Lorsque le prix du billet augmente fortement, les visites peuvent s'espacer. L'éloignement géographique finit par entraîner un éloignement familial.
Cette réalité antillaise parle aussi à d'autres diasporas, même si leurs situations juridiques ne doivent pas être confondues.
Combien faut-il payer pour rentrer chez soi ?
L'expression elle-même pose problème. Où est « chez soi » lorsqu'on vit depuis vingt ans à Paris et que ses parents sont en Martinique ? Lorsque ses enfants sont nés dans l'Hexagone mais que toute une partie de la famille vit en Guadeloupe ?
Pour le touriste, un billet trop cher peut l’inciter à choisir une autre destination. Pour celui qui rentre voir sa famille, il n'existe pas de destination de rechange.
Le billet d'avion relie des familles avant de relier deux aéroports. Et lorsque son prix détermine combien de fois par an un enfant peut revoir ses parents, la question n'est plus seulement celle du transport aérien.