Les préparatifs électoraux avancent alors que des groupes armés continuent d'imposer leur loi dans une partie du territoire. L'inscription des électeurs a commencé. Les partis se préparent. Après l'abandon du scrutin initialement prévu en août, le Conseil électoral provisoire a fixé le premier tour au 13 décembre 2026. Mais près de 1,5 million de personnes ont été déplacées par les violences, et les gangs étendent désormais leurs opérations au-delà de Port-au-Prince.
L'élection est attendue depuis longtemps. Haïti n'a plus organisé de scrutin national depuis près d'une décennie. Après l'assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, la transition s'est prolongée au rythme des crises politiques et de l'expansion des groupes armés. Le mandat du Conseil présidentiel de transition a pris fin en février 2026 sans que les élections promises aient eu lieu. Le pouvoir exécutif est désormais exercé par le Conseil des ministres dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé.
Dans un pays privé de dirigeants élus depuis si longtemps, chaque report soulève une question de légitimité. Mais organiser le scrutin dans les conditions actuelles soulève une autre question : que vaut une élection si une partie des citoyens ne peut pas y participer librement ?
Le bulletin face aux armes
Le problème ne se limite pas à la protection des bureaux de vote le jour du scrutin. Une élection commence bien avant. Il faut pouvoir s'inscrire sur les listes électorales, circuler, tenir une réunion, faire campagne, distribuer des tracts, écouter les candidats, contester le gouvernement et se rendre au bureau de vote sans demander l'autorisation d'un groupe armé.
Or la violence ne se limite plus à quelques quartiers de la capitale. Des gangs ont intensifié leurs opérations dans les zones rurales, avec des enlèvements, des vols de bétail et des barrages routiers. Les affrontements et les opérations de sécurité ont fait plus de 3 000 morts au premier semestre 2026. Près de 1,5 million de personnes ont été déplacées.
Le déplacement massif de la population pose à lui seul un problème électoral. Où vote celui qui ne vit plus à l'adresse où il est inscrit ? Comment actualiser les listes lorsque des familles changent plusieurs fois de lieu pour échapper aux violences ? Comment garantir aux candidats un accès équitable aux territoires ?
En juillet, la ministre haïtienne des Affaires étrangères indiquait devant le Conseil de sécurité que sept des dix départements pouvaient accueillir des activités électorales sans obstacle sécuritaire majeur, les trois autres nécessitant un renforcement de la sécurité.
Haïti se trouve ainsi devant deux risques : attendre le retour d'une sécurité parfaite pourrait signifier attendre indéfiniment ; voter trop tôt pourrait entraîner une élection dont une partie du pays serait, de fait, exclue.
