Le besoin de Dieu en milieu africain et diasporique : symptôme de crise ou affirmation de la ligature entre le visible et l’invisible ?
Résumé
Mots-clés — religion ; Afrique ; diaspora ; visible ; invisible ; croyance
Abstract
Keywords — religion; Africa; diaspora; visible; invisible; belief
Lorsque les partis politiques, les syndicats et les anciennes formes d’associations perdent en légitimité, un autre phénomène explose, en Afrique comme dans ses diasporas : les églises de réveil. Phénomène parfois raillé, souvent redouté, mais rarement écouté. Et pourtant, il dit quelque chose de fondamental.
Là où tout s’effondre, la foi tisse
Ce besoin de Dieu n’est ni nouveau ni anodin. Il ne naît pas dans le vide, mais dans les failles d’un monde désenchanté : précarité, migrations, solitude, déclassement social, déclin des solidarités rurales.
Achille Mbembe, dans Afriques indociles, signalait déjà que les nouvelles formes d’assujettissement en Afrique postcoloniale s’accompagnaient souvent de stratégies de fuite symboliques et mystiques. Pour lui, ce besoin spirituel a toujours été une manière de « désobéir » à l’impératif colonial, de réinvestir la domination subie par le mythe, la prophétie, la vision.
La religion comme forme de résistance
L’histoire africaine regorge de figures qui ont allié foi et résistance politique. Mais l’exemple le plus emblématique d’une telle association est celui du prophète Simon Kimbangu, au Congo belge. Ce dernier a été emprisonné à vie pour avoir prêché une foi noire, autonome, libérée du paternalisme colonial. Sa vision religieuse était également un geste de souveraineté symbolique.
Dans les ghettos de Paris, les townships d’Afrique du Sud ou les quartiers populaires d’Abidjan, cette logique continue d’être à l’œuvre : croire, encore aujourd’hui, c’est aussi refuser. Refuser de se dissoudre. Refuser de mourir sans voix.
Aussi doit-on considérer que les églises, loin d’être de simples dérivatifs émotionnels, représentent des structures d’encadrement, de parole et de résistance. Parfois plus efficaces que l’État ou l’école, elles redonnent du sens là où tout semble dispersé.
Le besoin anthropologique de croire pour survivre
Mircea Eliade a sans doute raison de nous rappeler que l’être humain est fondamentalement religieux. Que ce dernier ne croit pas par faiblesse, mais parce qu’il cherche un récit qui lie le visible et l’invisible, la vie et la mort.
Ce besoin de sacré se réinvente, selon lui, à chaque crise. Il ne faut donc guère s’en étonner lorsque la modernité échoue à tenir ses promesses. Le religieux revient inexorablement, comme lien, comme voix, comme refuge. Ce retour ne se fait pas nécessairement avec des dogmes. La foi, quelle qu’en soit la forme, apparaît comme un retour à la géographie intérieure, comme moyen de se situer dans un monde qui vacille.
Une religion pour ou contre le réel ?
Ne nous en cachons pas. Certaines églises exploitent la misère, marchandisent l’espoir, capturent les esprits par des discours magiques, culpabilisants ou hyper-moralisateurs. Elles font du besoin de Dieu un commerce.
La tâche critique est donc double : ne pas mépriser la foi ; ne pas non plus exonérer ses dérives. Car comprendre le besoin de Dieu, c’est aussi discerner ses usages, ses récupérations, ses limites.
Écouter les éclats du divin
Soulignons, pour terminer, que l’Afrique et ses diasporas ne retournent pas à Dieu : elles le réinventent. À la croisée du trauma historique, du chaos contemporain et du besoin de transcendance. Le croire est un abri, mais aussi un cri.
(Par Antoine Nguidjol)
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