Une saison à Tunis : recension
Résumé
Mots-clés — Une saison à Tunis ; poésie ; lecture critique ; mémoire ; lieu ; voix
Abstract
Keywords — Une saison à Tunis; poetry; critical reading; memory; place; voice
Ce poème de Mansi Dokoma n’est pas une simple évocation de voyage : c’est une méditation profonde sur la mémoire, l’exil et la survivance des lieux.
À travers les rues de Tunis, les collines du Nord et le bleu crépusculaire de Sidi Bou Saïd, le poète tisse une géographie lyrique hantée par l’histoire, habitée par le silence et traversée par une grande lucidité.
Dès les premiers vers, le poète inscrit son regard dans l’errance: « La ville change de peau. Les ombres s’étirent sur les murs. Les mosquées exhalent leur dernier soupir. Les chats rôdent. Comme un voleur d’étoiles. J’erre. »
L’errance donne au poème une tension continue entre distance et immersion.
La force du poème réside dans sa capacité à entendre les pierres, les ruelles, les murs — à percevoir ce que les villes cachent sous leurs façades de faïence : les éléphants oubliés, les reines sacrifiées, les flammes de la Rome antique, et la mer comme matrice de mémoire.
Mansi Dokoma met en résonance Carthage, Didon, Hannibal, les souks, les prières, la Révolution de Jasmin… pour dire que Tunis est un masque posé sur des millénaires d’histoire et de douleurs tues.
Le poème ne se contente pas de peindre: il questionne le rapport au temps, à l’identité, à l’effacement. L’homme qui prie à El Zitouna le fait « pour que son ombre ne disparaisse pas « dans le ventre affamé de l’histoire ». Plus loin, c’est la parole populaire qui tente de couvrir « les murmures des absents », dans une ville où le passé « refuse de se taire ».
Mais l’errance urbaine s’oppose subtilement à la paix rurale du Nord tunisien, où la femme pétrit le pain comme elle « pétrit le temps ». Là, l’oubli du monde devient sagesse. Le poème prend une respiration lente, comme un dernier thé à Sidi Bou Saïd.
Le poème s’achève sur une note pudique, amère et digne : Tunis laisse partir le poète « comme une amante fière qui refuse de montrer qu’elle souffre ». Ici, c’est toute la ville qui devient personnage, amante, mère, mémoire.
Une saison à Tunis est un poème-monde, un chant d’exil et d’attachement, une tentative poétique de faire parler les pierres, les dieux, les absents. Il s’inscrit dans cette tradition de la poésie voyageuse, méditative et politique à la fois, à la croisée d’Aimé Césaire, Mahmoud Darwich et Abdelwahab Meddeb.
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