Une saison à Tunis
Résumé
Mots-clés — Tunis ; poésie ; création littéraire ; mémoire ; ville
Abstract
Keywords — Tunis; poetry; creative writing; memory; city
Le matin se lève ; un matin jaune comme de l’or pur écrasé sur la chaux des murs blancs.
Le vent, paresseux, s’engouffre dans les ruelles, soulevant la poussière, faisant danser les souvenirs dans les vitrines des souks.
J’avance, étranger à moitié perdu dans cette ville qui n’a pas besoin de moi.
Sous mes pas, le pavé raconte la légende
des éléphants qui n’ont pas de noms, des légions romaines, et aussi des reines aux larmes rouges qui ont défié les dieux avant de s’ouvrir la peau.
Carthage n’a pas disparu.
Sous le masque, elle rôde, insolente dans la courbe des arcs, dans la colère des vagues, et dans l’odeur du jasmin qui refuse de faner.
La mer, immense de mémoire
Ici, elle porte les restes de Didon, les promesses creuses d’Hannibal, les navires des marchands d’ombre, et les cris avalés par les tempêtes.
Elle sait que Tunis est un masque, Un décor de faïence, posé sur mille ans de fureur
qu’évoque,
là-bas, l’homme qui lève les bras ,
vers le dôme étincelant d’El Zitouna.
Il prie pour que le jour tienne bon, pour que la ville ne le trahisse pas, pour que son ombre,
ne disparaisse pas,
dans le ventre affamé
de l’histoire.
Le soir sur la Médina
La ville change de peau,
Les ombres s’étirent sur les murs. Les mosquées exhalent leur dernier soupir, Les chats rôdent.
Comme un voleur d’étoiles,
J’erre.
Glissant entre les murs tièdes, Je sens le parfum d’un passé qui refuse de se taire.
Je marche sur l’avenue Bourguiba, Où des hommes parlent fort, pour couvrir les murmures
des absents.
Ils parlent de souvenirs, Comme on piétine un feu éteint, Comme si la Révolution était déjà un conte fané, comme si le jasmin avait fini par s’endormir.
Et pourtant…
Là-bas, dans un café, quelqu’un écrit encore, quelqu’un rêve encore, quelqu’un refuse d’être englouti par le grand sommeil de l’oubli.
Les collines du Nord
J’ai pris la route du Nord, vers les collines où le vent chante comme un berger solitaire.
Les champs s’étalent, indifférents au fracas du monde, Veillant sur les oliviers tordus comme de vieux sages.
Là-bas, Dans une maison en pierre, Une femme pétrit le pain comme elle pétrit le temps.
Elle ne sait rien de la bourse, rien des discours, rien des révolutions éphémères.
Elle sait seulement que la terre tourne lentement, Que l’huile coule d’une main patiente, Et qu’ici, on ne trahit jamais les saisons.
Un dernier verre de menthe
Le bleu et le blanc s’étreignent une dernière fois Avant que la nuit ne les sépare.
Je bois un dernier thé au goût de menthe et de sel. Les bateaux dorment dans le port punique, Les mouettes tracent des adieux que personne ne regarde.
Je partirai demain.
Tunis me laissera partir Sans un mot, Sans un regard, Comme une amante fière qui refuse de montrer qu’elle souffre.
(poème de l’écrivain camerounais Mansi Dokoma)
Discussion autour de l’article
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