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Essai et intervention · Science politique
POLITIQUE ET GOUVERNANCE

Penser le monde depuis l’Afrique : pourquoi la géopolitique doit changer de regard

Antoine Nguidjol
Première publication · 19 mai 2026

Résumé

Cet article interroge les cadres à partir desquels l’Afrique est située dans les représentations géopolitiques du monde. Il critique les lectures qui réduisent le continent à un espace d’intervention, de ressources ou de rivalités entre puissances extérieures, et propose de partir des intérêts, des temporalités et des capacités d’action des sociétés et des États africains. Penser le monde depuis l’Afrique signifie ainsi déplacer le point d’observation sans substituer un centrage exclusif à un autre.

Mots-clés — Afrique ; géopolitique ; point de vue ; souveraineté ; relations internationales ; puissance

Abstract

This article examines the frameworks through which Africa is positioned in geopolitical representations of the world. It criticises readings that reduce the continent to a space of intervention, resources, or rivalry among external powers, and instead proposes starting from the interests, temporalities, and capacities for action of African societies and states. Thinking about the world from Africa therefore means shifting the point of observation without replacing one exclusive centre with another.

Keywords — Africa; geopolitics; standpoint; sovereignty; international relations; power

La géopolitique se présente souvent comme une science des rapports de force, des territoires, des frontières et des stratégies d’État. Pourtant, derrière cette apparente neutralité, elle demeure largement fondée sur des expériences historiques européennes et nord-atlantiques, progressivement érigées en normes universelles.

C’est à partir de ce constat que s’ouvre mon ouvrage Penser le monde depuis l’Afrique. Pour une géopolitique relationnelle .

Penser le monde depuis l’Afrique ne consiste pas à ajouter un cas régional à une discipline déjà constituée. Il ne s’agit pas non plus de réclamer une simple reconnaissance symbolique pour un continent longtemps marginalisé. Il s’agit d’interroger les catégories mêmes de la géopolitique à partir d’un lieu où leurs limites apparaissent avec une clarté particulière.

L’Afrique occupe en effet une position paradoxale dans l’ordre mondial. Elle est omniprésente dans la pratique géopolitique — guerres par procuration, interventions militaires, dispositifs humanitaires, économies extractives, normes internationales, externalisation des politiques migratoires — mais elle demeure largement absente en tant que sujet théorique.

Elle est pensée, décrite, administrée, sécurisée, évaluée, mais rarement reconnue comme un lieu à partir duquel le monde peut être compris.

Or, loin de relever d’un échec ou d’un retard, l’expérience géopolitique africaine rend visibles des transformations profondes du pouvoir contemporain : fragmentation des souverainetés, guerres diffuses sans déclaration, gouvernance par l’urgence, domination normative, externalisation de la violence, dilution de la responsabilité politique.

Ces phénomènes, longtemps observés en Afrique, ne peuvent plus être considérés comme des anomalies propres au continent. Ils constituent, au contraire, les traits structurants d’un ordre mondial en pleine mutation.

L’hypothèse centrale du livre est donc la suivante : ce que l’Afrique donne à voir n’est pas une périphérie du monde, mais un révélateur avancé de ses logiques contemporaines. L’Afrique permet de comprendre comment le pouvoir s’exerce aujourd’hui à l’échelle mondiale, moins par le contrôle territorial direct que par la gestion différenciée des dépendances, des risques, des circulations et des vulnérabilités.

L’ouvrage propose ainsi de passer d’une géopolitique centrée sur les territoires à une géopolitique relationnelle, attentive aux réseaux, aux flux, aux milieux, aux dépendances structurelles et aux régimes de souveraineté fragmentée.

Il ne s’agit pas de nier l’État ni la puissance, mais de refuser de les absolutiser. Il s’agit de saisir le pouvoir là où il opère effectivement : dans les relations asymétriques durables qui organisent le monde contemporain.

Penser depuis l’Afrique n’est donc pas un repli identitaire, mais un déplacement théorique.

Antoine Nguidjol, Penser le monde depuis l’Afrique. Pour une géopolitique relationnelle, Éditions Éclats du Verbe, 2026, ISBN : 9798247081838

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