Une lecture de la « lettre de consolation à une mère » D’Emmanuel Kant (A la découverte des fondements de la pensée kantienne)
Résumé
Mots-clés — Emmanuel Kant ; consolation ; raison ; morale ; finitude ; philosophie
Abstract
Keywords — Immanuel Kant; consolation; reason; morality; finitude; philosophy
Cette lettre de Kant à une mère éplorée (que beaucoup n’ont jamais lue), a été écrite bien avant ses majestueuses critiques. Elle offre non seulement une série de réflexions profondes sur la vie, la mort, et la destinée humaine, elle a aussi le mérite de nous révéler les convictions profondes qui traversent toute l’œuvre du grand philosophe, et que ce dernier gardera toute sa vie.
Dans sa lettre, Kant commence par souligner comment les humains, souvent pris dans la poursuite frénétique de leurs ambitions et distractions, dit-il, devraient consacrer des moments à des réflexions sérieuses. Il suggère que la vie serait plus calme et sereine si les gens se rappelaient la vanité de leurs projets, plutôt que de s'adonner à des joies bruyantes et éphémères.
Il observe ensuite que la plupart des individus se précipitent aveuglément vers des objectifs futiles, ignorant les réalités inévitables de la vie et de la mort.
La mort, justement, qu’en pense Kant ?
La mort, bien que redoutée selon lui, est souvent négligée jusqu'à ce qu'elle frappe de près. Kant explique comment la mort est une donnée particulièrement inattendue alors qu’elle devrait clairement apparaître comme l’horizon de toute vie humaine. Pour lui, les hommes se laissent toujours surprendre par elle, notamment lorsque des amis ou des proches, pleins d'espoir et d'ambitions, sont emportés par elle au milieu de leurs efforts. Et de suggérer que, la plupart du temps, les humains façonnent des plans ambitieux pour leur avenir, et que le résultat final en est souvent décevant. La mort, en principe toujours prématurée, anéantit un nombre incalculable de projets et d’aspirations.
Cependant, bien que souvent prématurée et cruelle, la mort peut être une source de bénédiction, selon Kant. Elle a le pouvoir de libérer les individus de futurs malheurs et des calamités.
La conviction profonde de Kant est que la Providence divine façonne notre destinée, et que la mort, même quand elle est prématurée, est préférable à une vie longue et pleine de souffrance. Il encourage ses lecteurs à méditer sur leur propre destinée et à adopter une forme de résignation chrétienne face à la volonté de Dieu.
Kant installe ainsi le Dieu chrétien dans un statut hors de tout reproche. Il sera inutile pour lui de le rechercher dans le phénomène où règne la mort, le devenir et le mal radical. Le Dieu chrétien n’est pas dans le monde des choses qui passent. Il faudra le chercher ailleurs, dans le monde nouménal qu’on appréhende avec d’autres outils que ceux de la perception ordinaire. Avec les « yeux du cœur », peut-être ? Kant ne le dit pas.
Dans l'ensemble, sa lettre met en lumière sa vision de la vie comme un voyage imprévisible et de la mort comme un mystère divin. Il suggère qu’il faut s’y préparer en permanence. Et la philosophie dans tout ça ? Il ne fait aucun doute pour Kant qu’elle est aussi un bon moyen de se préparer à l’échéance finale.
On notera en passant que la lettre de Kant développe des thèmes qui reflètent l’influence de Leibniz sur un Kant alors étudiant en philosophie à l'Université de Königsberg :
1. Notre monde est le meilleur des mondes possibles : Leibniz avait avancé l'idée que notre monde est le "meilleur des mondes possibles" dans l'optique de Dieu. Dans le texte de Kant, on peut déceler une similitude avec cette idée, notamment lorsque ce dernier évoque la façon dont le destin des individus est régi par une sagesse supérieure. Ainsi, la mort prématurée du jeune homme, bien que douloureuse pour sa mère, ferait partie du plan divin et contribue au meilleur des mondes possibles.
2. Le monde est tel qu’il est. On ne peut pas changer la nature de ce qui est. Il faut accepter le destin : Leibniz avait également souligné l'importance de la résignation face au destin, en affirmant que tout ce qui se produit dans le monde découle de la volonté divine. Dans sa lettre, Kant encourage la mère du jeune homme à accepter humblement la volonté de Dieu ; ce qui est caractéristique de la philosophie de Leibniz.
3. La vie humaine est une transition : pour Leibniz la vie humaine est une transition vers un état supérieur et meilleur. Kant évoque cette transition à travers sa description de la mort comme chemin vers une destinée inconnue, vers un bien supérieur.
4. L’ordre et la rationalité du monde conduisent à l’optimisme philosophique : bien que Kant ne soit pas aussi optimiste que Leibniz dans sa lettre, l'idée que la mort prématurée du jeune homme pourrait avoir une signification ou un dessein plus profond s'inscrit dans une perspective philosophique plus large qui pourrait être liée à l'optimisme philosophique de Leibniz, lorsque celui-ci parle de la rationalité et de l'ordre du monde.
Discussion autour de l’article
Cet espace est consacré à la discussion scientifique. Les désaccords et critiques argumentées sont les bienvenus. Les insultes, attaques personnelles, propos humiliants, discriminatoires ou menaçants ne sont pas admis.
Aucune contribution pour le moment.