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AFRIQUE DE L’EST / KENYA

Kenya : l’industrialisation africaine à l’épreuve de la propriété foncière

Le groupe Dangote lance à Lamu un projet de raffinerie de 16 milliards de dollars destiné à renforcer la transformation africaine des hydrocarbures. Des habitants contestent cependant les conditions foncières du projet. L’affaire confronte deux ambitions qui ne peuvent être traitées séparément : industrialiser et établir à qui appartient la terre.
Elias Mwangi
29 septembre 2026 | Veille Mérisphère
Lancement du projet de raffinerie Dangote à Lamu
Lamu, 30 septembre 2026. Aliko Dangote et le président William Ruto lors de la cérémonie de lancement de la Dangote East Africa Petroleum Refinery. Crédit : PCS / The Star Kenya.
« À Lamu, deux calendriers se sont rencontrés. »

Produire sur place ce que l’on consomme

À Lamu, deux calendriers se sont rencontrés. Celui de l’industrialisation régionale annonçait le lancement d’une raffinerie de grande capacité. Celui de la justice foncière a imposé l’examen des droits revendiqués par des habitants sur les terrains concernés.

Le projet porté par Aliko Dangote représente environ 16 milliards de dollars. Il vise une capacité annoncée de 700 000 barils par jour et s’inscrit dans une stratégie plus large de transformation locale des matières premières africaines. Le Kenya et des partenaires régionaux y voient un moyen de réduire la dépendance de l’Afrique de l’Est aux carburants importés, de développer la pétrochimie et de renforcer le corridor de Lamu.

L’argument industriel est puissant. Une grande partie du pétrole consommé en Afrique est encore raffinée hors du continent ou dépend d’infrastructures insuffisantes. Produire davantage de carburants sur place peut réduire certaines vulnérabilités logistiques et conserver une part plus importante de la valeur ajoutée au sein des économies africaines.

L’ESSENTIEL

Le groupe Dangote lance à Lamu un projet de raffinerie de 16 milliards de dollars destiné à renforcer la transformation africaine des hydrocarbures. Des habitants contestent cependant les conditions foncières du projet. L’affaire confronte deux ambitions qui ne peuvent être traitées séparément : industrialiser et établir à qui appartient la terre.

FONDS DOCUMENTAIRE

La terre n’est jamais une abstraction : elle est avant tout un lieu de mémoire

Le projet ne s’appuie pourtant pas sur une abstraction cartographique. Cent trente-trois habitants ont saisi la justice kényane en faisant valoir leurs droits sur des terres affectées par l’implantation. La juge Jane Onyango a ordonné le maintien du statu quo pendant l’examen du litige. Le lancement politique et industriel du projet a néanmoins été maintenu.

Le contentieux rappelle une difficulté ancienne des grands projets africains. Le cadastre, le titre enregistré, l’usage coutumier, l’occupation ancienne et la transmission familiale ne se superposent pas toujours. Une parcelle peut apparaître comme disponible dans un dossier administratif tout en étant habitée, cultivée, utilisée ou revendiquée depuis plusieurs générations.

La justice devra déterminer la portée des droits invoqués ainsi que les obligations des promoteurs et des autorités. L’existence d’une revendication ne préjuge pas de son issue. Elle interdit, en revanche, de présenter le site comme un espace juridiquement neutre avant la décision.

Industrialiser sans effacer les droits humains

Les grands projets d’infrastructure exigent des terrains, des accès routiers, des zones de sécurité, des installations portuaires et, parfois, des déplacements de population. Le droit de propriété et les mécanismes d’expropriation deviennent donc des composantes de la politique industrielle.

La transformation locale des matières premières demeure un objectif majeur pour de nombreux États africains. Elle ne dispense pas de traiter la question foncière. Une industrialisation menée contre les droits reconnus par la loi ou sans mécanisme de compensation crédible engendre ses propres coûts : contentieux, retards, défiance locale et fragilité politique du projet.

Le cas de Lamu permet également de préciser un chiffre souvent spectaculaire. Une capacité de 700 000 barils par jour correspond à la capacité nominale annoncée. Elle ne signifie ni que l’installation existe déjà, ni qu’elle fonctionnera immédiatement à ce niveau, ni que sa production réelle atteindra chaque jour ce volume. La construction, l’approvisionnement en brut, les infrastructures et la montée en charge détermineront la production effective.

Le foncier n’est pas le seul point de friction. Lamu Old Town est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO et le développement portuaire de la région fait depuis longtemps l’objet de contestations liées aux écosystèmes côtiers, à la pêche et aux moyens d’existence des communautés locales. La raffinerie ajoute à ces débats une infrastructure pétrolière de très grande taille. L’évaluation du projet devra donc porter à la fois sur la propriété des terrains, les compensations, les effets environnementaux et les bénéfices économiques effectivement distribués dans la région.

La cérémonie de lancement a eu lieu le 30 septembre en présence de plusieurs dirigeants africains. Le contentieux foncier, lui, n’a pas disparu avec les discours. La prochaine audience judiciaire doit préciser les droits des habitants et les conditions dans lesquelles le projet peut se poursuivre.

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