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ROYAUME-UNI / MIGRATIONS & CARE

Royaume-Uni : « Venez soigner nos malades, ensuite rentrez chez vous »

Le Royaume-Uni a recruté massivement à l’étranger pour répondre à ses besoins de santé et de care. Il a fermé, en juillet 2025, le recrutement international de nouveaux care workers et débat désormais d’allonger la route vers l’installation permanente. Les règles définitives du settlement ne sont pas encore arrêtées.
Koffi Mensah
29 septembre 2026 | Veille Mérisphère
Royaume-Uni : « Venez soigner nos malades, ensuite rentrez chez vous »
Équipe de soins à Edgbaston Manor, Birmingham. Photographie documentaire du secteur britannique du care. Crédit : Care UK.
« Le Royaume-Uni manquait cruellement de soignants, il y a peu. »

Des soignants jetables

Le Royaume-Uni manquait cruellement de soignants, il y a peu. Il est allé les chercher à l’étranger. Des femmes et des hommes, venus notamment du Nigeria, du Zimbabwe, du Ghana et d’autres pays, ont rejoint les hôpitaux, les maisons de retraite et les services d’aide aux personnes dépendantes. Beaucoup ont organisé leur vie familiale et professionnelle autour des règles britanniques de résidence.

Les dérives ne relèvent pas d’un simple soupçon. Dans les West Midlands, un programme public d’accompagnement a documenté le cas d’une travailleuse à qui un employeur proposait de parrainer les enfants, puis réclamait 35 000 livres et retenait ses certificats de formation pour l’empêcher de partir. À l’échelle de l’Angleterre, environ 8 800 travailleurs avaient sollicité des partenariats régionaux entre juillet 2024 et février 2025 à la suite d’une révocation de licence, d’une perte d’emploi ou de pratiques d’exploitation. Le gouvernement a maintenu, en 2026, un fonds spécifique pour replacer ces travailleurs auprès d’employeurs conformes.

Le Health and Care Worker visa, créé en 2020, a facilité une partie de ces recrutements. L’ouverture des métiers du social care au parrainage international a ensuite entraîné une hausse spectaculaire des arrivées. Le gouvernement britannique reconnaît lui-même la contribution de ces travailleurs tout en documentant les abus commis par certains employeurs : frais illégaux, endettement, promesses d’emploi non tenues, exploitation et dépendance excessive à l’égard du sponsor.

Le mouvement s’est inversé. Le recrutement à l’étranger de nouveaux care workers a pris fin le 22 juillet 2025. Les personnes déjà présentes peuvent, sous certaines conditions transitoires, continuer à travailler ou changer d’employeur. La fermeture ne fait pas disparaître celles et ceux que le pays avait fait venir lorsque le secteur manquait de personnel.

L’ESSENTIEL

Le Royaume-Uni a recruté massivement à l’étranger pour répondre à ses besoins de santé et de care. Il a fermé, en juillet 2025, le recrutement international de nouveaux care workers et débat désormais d’allonger la route vers l’installation permanente. Les règles définitives du settlement ne sont pas encore arrêtées.

FONDS DOCUMENTAIRE

Cinq ans, dix ans, quinze ans

Le débat s’est déplacé vers le settlement, c’est-à-dire l’accès à l’installation permanente. Le gouvernement a proposé de remplacer, pour de nombreux migrants, la référence traditionnelle à cinq années par un système d’« earned settlement » reposant sur une durée de base plus longue, avec des réductions ou des majorations selon la situation du demandeur.

Pour certains travailleurs du care arrivés depuis 2021, une attente pouvant atteindre quinze ans a été évoquée lors du débat gouvernemental. À la fin de septembre 2026, aucune règle définitive ne permet cependant de présenter cette durée comme un droit positif déjà applicable à tous les intéressés. La ministre de l’Intérieur, Shabana Mahmood, a indiqué que le projet pouvait encore évoluer.

Cette incertitude n’arrange pas les personnes concernées, qui ont parfois pris des décisions de logement, de famille, d’épargne ou de carrière en fonction des règles en vigueur à leur arrivée. Un État peut modifier sa politique migratoire ; la question porte ici sur les conditions dans lesquelles il impose de nouvelles exigences à ceux qu’il a précédemment recrutés.

Le coût africain du recrutement britannique

La mobilité des soignants ne se réduit pas à un simple transfert imposé par le Royaume-Uni. Les professionnels migrent aussi pour améliorer leurs revenus, leurs conditions de travail ou leurs perspectives d'avenir. Les métiers concernés ne sont pas tous équivalents : médecins, infirmiers, aides-soignants et personnels du social care relèvent de formations, de marchés du travail et de régimes de visa différents.

Le recrutement international a néanmoins un coût pour les pays qui financent la formation de professionnels ensuite employés ailleurs. L’Organisation mondiale de la Santé encadre depuis longtemps le recrutement dans les États dont les systèmes de santé sont particulièrement fragiles. Les effets varient selon les professions et les pays d’origine, mais la question reste entière lorsque les mêmes États doivent former de nouveaux personnels pour remplacer ceux qui partent.

Le Royaume-Uni a bénéficié de cette mobilité au moment où ses propres besoins étaient élevés. Il cherche désormais à réduire sa dépendance au recrutement international dans le secteur de la santé. Les travailleurs déjà présents se trouvent au point de rencontre de ces deux politiques.

Pour les personnels soignants, après avoir soigné les Britanniques, la seule issue, c’est le retour à la maison.

La fermeture du recrutement international des nouveaux care workers est entrée en vigueur. La réforme complète du settlement, elle, est en cours. La Chambre des communes rappelle qu’il n’existe pas encore de calendrier unique pour toutes les mesures annoncées dans le Livre blanc de 2025.

C’est cette différence de statut qu’il faut conserver. Une fermeture de route migratoire est un fait. Une durée de quinze ans pour certains travailleurs du care reste, à la fin de septembre 2026, une proposition débattue dont les modalités peuvent évoluer. Pour les personnes qui ont déjà travaillé plusieurs années au Royaume-Uni, cette distinction déterminera combien de temps il leur faudra encore attendre avant de savoir si elles peuvent y rester durablement.

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