Des soignants jetables
Le Royaume-Uni manquait cruellement de soignants, il y a peu. Il est allé les chercher à l’étranger. Des femmes et des hommes, venus notamment du Nigeria, du Zimbabwe, du Ghana et d’autres pays, ont rejoint les hôpitaux, les maisons de retraite et les services d’aide aux personnes dépendantes. Beaucoup ont organisé leur vie familiale et professionnelle autour des règles britanniques de résidence.
Les dérives ne relèvent pas d’un simple soupçon. Dans les West Midlands, un programme public d’accompagnement a documenté le cas d’une travailleuse à qui un employeur proposait de parrainer les enfants, puis réclamait 35 000 livres et retenait ses certificats de formation pour l’empêcher de partir. À l’échelle de l’Angleterre, environ 8 800 travailleurs avaient sollicité des partenariats régionaux entre juillet 2024 et février 2025 à la suite d’une révocation de licence, d’une perte d’emploi ou de pratiques d’exploitation. Le gouvernement a maintenu, en 2026, un fonds spécifique pour replacer ces travailleurs auprès d’employeurs conformes.
Le Health and Care Worker visa, créé en 2020, a facilité une partie de ces recrutements. L’ouverture des métiers du social care au parrainage international a ensuite entraîné une hausse spectaculaire des arrivées. Le gouvernement britannique reconnaît lui-même la contribution de ces travailleurs tout en documentant les abus commis par certains employeurs : frais illégaux, endettement, promesses d’emploi non tenues, exploitation et dépendance excessive à l’égard du sponsor.
Le mouvement s’est inversé. Le recrutement à l’étranger de nouveaux care workers a pris fin le 22 juillet 2025. Les personnes déjà présentes peuvent, sous certaines conditions transitoires, continuer à travailler ou changer d’employeur. La fermeture ne fait pas disparaître celles et ceux que le pays avait fait venir lorsque le secteur manquait de personnel.
