Le retour par avion : plus rapide que les routes périlleuses de l’exil
Les tontons-macoutes n’existent plus. La milice créée sous François Duvalier appartenait à une dictature d’État et répondait directement au pouvoir politique. Les groupes armés qui contrôlent aujourd’hui des quartiers, des routes et des territoires en Haïti relèvent d’une autre histoire. Les confondre effacer la différence entre un appareil paramilitaire de régime et des organisations armées dont les structures, les alliances et les ressources sont multiples.
La comparaison persiste pourtant dans certaines conversations, parce qu’elle renvoie à une expérience de la peur, de l’arbitraire et de l’emprise sur la vie quotidienne.
Cela n'a pas empêché les États-Unis de recommencer à expulser des ressortissants haïtiens à un rythme soutenu. Après la fin du Temporary Protected Status, les vols d’expulsion ont augmenté. Les autorités américaines ont notamment transféré plusieurs centaines de personnes vers Cap-Haïtien à partir d’août 2026. Human Rights Watch a recensé cinq vols hebdomadaires entre le 20 août et le 17 septembre, transportant 474 personnes ; d’autres vols ont ensuite suivi.
Si le mot « retour » est juridiquement exact pour désigner le renvoi d’un ressortissant dans son pays de nationalité, il décrit moins bien certaines biographies. Parmi les expulsés figurent des personnes installées depuis longtemps aux États-Unis, parfois avec une famille, un emploi, une demande d’asile ou d’autres démarches encore en cours. Posséder la nationalité haïtienne ne garantit ni un logement, ni un réseau familial disponible, ni la capacité immédiate de se réinstaller.
Cap-Haïtien reçoit les cousins perdus d’Amérique
Les avions atterrissent à Cap-Haïtien parce que les conditions de sécurité autour de Port-au-Prince rendent l’aéroport de la capitale difficilement utilisable pour ces opérations. La ville du Nord est devenue un point d’entrée pour des personnes arrivant dans un pays déjà en proie à une crise humanitaire majeure.
L’Organisation internationale pour les migrations évaluait fin septembre le nombre de personnes déplacées à l’intérieur d’Haïti à près de 1,5 million. Près de 80 % se trouvaient désormais hors de Port-au-Prince, ce qui témoigne de l’extension de la violence au-delà de la capitale. Les structures d’accueil des expulsés disposent de moyens limités.
Human Rights Watch a décrit, à Cap-Haïtien, une procédure d’enregistrement organisée dans des installations modestes, avec une capacité limitée à évaluer individuellement les problèmes de santé, les vulnérabilités ou les besoins de protection. Des responsables haïtiens ont également signalé l’absence d’un dispositif national suffisamment doté pour la réintégration à long terme.
Les difficultés commencent parfois avant même la sortie de l’aéroport. Des expulsés arrivent sans leurs effets personnels ni leurs documents. D’autres doivent engager des démarches pour obtenir des pièces d’état civil et d’identité. Une aide immédiate peut être fournie ; elle ne remplace pas un logement, un revenu ou une politique de réinstallation durable.
Parmi les personnes rencontrées à Cap-Haïtien par Human Rights Watch, l’une résumait brutalement ce retour forcé : elle avait quitté Haïti pour échapper au danger et se retrouvait renvoyée dans un pays où elle ne savait plus où aller. D’autres avaient vécu plusieurs années aux États-Unis et y laissaient des proches citoyens américains. Le 27 août, des expulsés sont arrivés sans les effets personnels qu’ils pensaient pouvoir récupérer à destination. Après l’enregistrement, les autorités haïtiennes leur remettaient un repas, une boisson et 10 000 gourdes avant leur transfert pour de nouvelles formalités.
