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Sénégal : ce qu’un programme du FMI change dans la conduite des finances publiques

Le Sénégal vient de franchir une étape importante dans ses négociations avec le Fonds monétaire international. Le 1er septembre 2026, les services du FMI et les autorités sénégalaises sont parvenus à un accord sur les politiques économiques susceptibles de servir de base à un programme de trente-six mois, pour un montant d’environ 2,2 milliards de dollars. L’accord n’est pas encore définitif : il doit être approuvé par la direction puis par le Conseil d’administration du Fonds, et plusieurs conditions restent à remplir, notamment sur le traitement de la dette et les garanties de financement.

Le Sénégal vient de franchir une étape importante dans ses négociations avec le Fonds monétaire international. Le 1er septembre 2026, les services du FMI et les autorités sénégalaises sont parvenus à un accord sur les politiques économiques susceptibles de servir de base à un programme de trente-six mois, pour un montant d’environ 2,2 milliards de dollars. L’accord n’est pas encore définitif : il doit être approuvé par la direction puis par le Conseil d’administration du Fonds, et plusieurs conditions restent à remplir, notamment sur le traitement de la dette et les garanties de financement.

La rencontre, le 15 septembre à Washington, entre le président Bassirou Diomaye Faye et la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, a confirmé la volonté des deux parties d’aboutir rapidement. Le lendemain, le FMI saluait les progrès accomplis tandis que le Sénégal poursuivait parallèlement ses discussions sur le traitement de sa dette.

ENCADRÉ — Jusqu’où l’État garde-t-il la main sur son budget ?

Un programme du FMI ne retire pas formellement au gouvernement ni au Parlement leurs compétences budgétaires. Le gouvernement prépare toujours le budget et le Parlement continue de le voter. Le Fonds ne décide pas quelle école doit être construite, quel impôt doit être créé ou quelle dépense doit être supprimée.

La contrainte se situe ailleurs. L’accès aux financements est lié à un programme comportant des objectifs chiffrés, des réformes convenues, un calendrier d’exécution et des examens périodiques. L’État conserve le choix des mesures précises, mais il ne fixe plus seul les limites dans lesquelles elles doivent s’inscrire, le rythme auquel elles doivent être appliquées ni les critères selon lesquels leur exécution sera appréciée.

Juridiquement, les compétences restent nationales. Dans la pratique, leur exercice est fortement encadré par des engagements dont dépend la poursuite du financement.

Cette situation nourrit une critique ancienne des programmes d’ajustement : lorsqu’un État ne maîtrise plus entièrement le cadre de sa politique budgétaire, son calendrier d’exécution et les conditions du contrôle auquel elle est soumise, une partie des prérogatives traditionnellement attachées à la souveraineté budgétaire se trouve déplacée vers la relation avec le bailleur. Le FMI présente, pour sa part, ces mécanismes comme les garanties nécessaires à l’utilisation de ses ressources et au rétablissement des équilibres financiers.

Une dette qui a changé les termes de la discussion

Le point de départ est désormais connu. Le FMI estime la dette totale du secteur public sénégalais à 132 % du produit intérieur brut à la fin de 2024. Le PIB — produit intérieur brut — mesure la valeur des biens et services produits dans un pays pendant une période donnée. Rapporter la dette au PIB permet de comparer son poids avec la taille de l’économie, même si ce ratio ne suffit pas, à lui seul, à dire si un État pourra rembourser.

Une partie de cette dette n’avait pas été correctement déclarée au cours des années précédentes. L’affaire a conduit le FMI à interrompre l’ancien programme et oblige maintenant le Sénégal à fournir des garanties plus fortes sur la qualité de ses comptes publics. Le nouvel accord reste d’ailleurs conditionné à des « mesures correctives décisives » liées à cette mauvaise déclaration des données.

Le problème ne tient donc pas seulement au montant de la dette. Il concerne aussi la manière dont l’État la recense, l’engage, la publie et la contrôle.

Le futur programme insiste ainsi sur la transparence budgétaire, la gestion de la dette, le suivi des arriérés et la surveillance des entreprises publiques. Un arriéré est une dépense que l’État aurait déjà dû payer mais dont le règlement a été différé. Accumuler des arriérés revient à reporter une charge sur l’avenir, parfois sans qu’elle apparaisse avec la même évidence qu’un nouvel emprunt.

2,2 milliards de dollars : de l’argent, mais pas un chèque sans conditions

Le montant annoncé impressionne : environ 2,2 milliards de dollars sur trois ans.

Il faut toutefois éviter une confusion fréquente. Un programme du FMI n’est généralement pas un versement unique placé librement à la disposition du gouvernement dès le premier jour. Les financements sont débloqués progressivement, selon un calendrier et après des examens périodiques.

La Facilité élargie de crédit, ou FEC, est le mécanisme utilisé ici. Elle est destinée aux pays à faible revenu confrontés à des difficultés persistantes de balance des paiements. La balance des paiements retrace les opérations économiques d’un pays avec l’extérieur : exportations, importations, investissements, emprunts, remboursements et autres mouvements financiers.

Le Sénégal n’obtient donc pas seulement un financement. Il obtient aussi un cadre dans lequel d’autres bailleurs peuvent décider de lui apporter des ressources. Le FMI précise que son programme pourrait faciliter des financements supplémentaires de la Banque mondiale, de la Banque africaine de développement et d’autres partenaires.

Cette fonction compte beaucoup. L’accord du FMI agit souvent comme un signal adressé aux autres prêteurs : les comptes ont été examinés, un programme existe, des objectifs ont été fixés et son exécution sera suivie.

Cette crédibilité a cependant un prix politique et budgétaire : les finances publiques doivent évoluer selon une trajectoire jugée compatible avec le remboursement de la dette.

« Mobiliser les ressources intérieures » : trouver davantage de recettes

Le vocabulaire des institutions financières mérite parfois d’être traduit.

Le futur programme prévoit de renforcer la « mobilisation des ressources intérieures ». L’expression désigne principalement la capacité de l’État à percevoir davantage de recettes sur son propre territoire : impôts, taxes, droits, amélioration du recouvrement, réduction de certaines exonérations ou lutte contre la fraude.

Le Sénégal prévoit d’adopter en 2027 une stratégie de recettes à moyen terme. L’objectif annoncé est d’accroître les ressources disponibles afin de financer les dépenses prioritaires.

Pour les contribuables et les entreprises, cette partie du programme sera probablement l’une des plus sensibles. Augmenter les recettes peut signifier élargir l’assiette fiscale — faire contribuer davantage d’activités ou de revenus jusque-là peu ou pas imposés — mais aussi améliorer l’efficacité d’une administration fiscale qui ne collecte pas toujours ce que prévoient déjà les textes.

Ces deux démarches n’ont pas les mêmes effets. Une hausse de taux appliquée à ceux qui paient déjà l’impôt peut alourdir leur charge. Une meilleure collecte auprès des activités qui échappaient auparavant à l’impôt peut, au contraire, répartir plus largement l’effort.

Le programme du FMI ne dit donc pas à lui seul qui paiera davantage. Cette question relève des choix que le gouvernement proposera et que le système politique sénégalais devra examiner.

« Rationaliser les dépenses » ne signifie pas simplement couper

L’autre expression récurrente est celle de « rationalisation des dépenses ».

Elle peut désigner des réductions, mais aussi une modification de leur composition : supprimer une dépense jugée inefficace, mieux cibler une subvention, reporter un investissement, diminuer certains coûts administratifs ou rediriger des ressources vers d’autres priorités.

Le FMI affirme que l’assainissement budgétaire envisagé doit s’accompagner d’une protection des ménages vulnérables, notamment au moyen de transferts monétaires ciblés. Autrement dit, des aides versées directement aux ménages répondant à certains critères doivent permettre d’amortir une partie des effets de l’ajustement.

Cette architecture soulève une difficulté pratique. Pour cibler efficacement des transferts, l’administration doit savoir qui doit les recevoir. Cela suppose des fichiers fiables, des critères compréhensibles et des mécanismes de paiement qui atteignent effectivement les bénéficiaires.

L’efficacité du volet social ne dépendra donc pas seulement du montant inscrit au budget. Elle dépendra aussi de la qualité de l’administration chargée de l’exécuter.

Restaurer la « soutenabilité » de la dette

Le mot apparaît partout dans les documents du FMI.

Une dette est dite soutenable lorsqu’un État peut continuer à la servir — payer les intérêts et rembourser le capital arrivant à échéance — sans accumuler continuellement de nouveaux arriérés, sans recourir à des financements irréalistes et sans imposer à son économie un ajustement impossible à maintenir.

Le service de la dette désigne précisément les sommes à verser pendant une période au titre des intérêts et des remboursements de capital.

Cette distinction est essentielle. Un pays peut être très endetté tout en continuant à payer s’il dispose de recettes suffisantes, d’échéances longues et de taux supportables. À l’inverse, une dette moins élevée peut provoquer une crise si de gros remboursements doivent intervenir très rapidement ou si les taux d’intérêt sont devenus trop lourds.

Le Sénégal a annoncé son intention de demander un traitement de sa dette. Les discussions portent notamment sur un recours au Cadre commun du G20, dispositif international destiné à coordonner le traitement des dettes de certains pays en difficulté. Les modalités exactes restent en négociation.

Cette opération comptera autant que le prêt du FMI lui-même. Injecter de nouvelles ressources sans rendre supportable la dette ancienne ne réglerait qu’une partie du problème.

Le FMI impose-t-il la politique économique ?

La question revient chaque fois qu’un pays africain négocie avec le Fonds.

Le gouvernement négocie le programme et conserve formellement ses compétences. Le FMI rappelle d’ailleurs que la décision de restructurer ou non une dette appartient aux autorités sénégalaises.

Mais la négociation ne se déroule pas entre deux parties disposant des mêmes moyens. Le Sénégal a besoin de financements et doit restaurer la confiance de ses créanciers. Le FMI peut refuser d’engager ses ressources s’il estime que la dette n’est pas soutenable ou que les politiques prévues ne permettent pas de corriger les déséquilibres.

La souveraineté juridique demeure ; la contrainte financière réduit l’espace dans lequel elle s’exerce.

Il serait néanmoins insuffisant d’en conclure que toutes les mesures futures auront été « imposées par le FMI ». La fiscalité, la composition des dépenses, la réforme des entreprises publiques, la protection sociale et l’ordre des priorités comportent plusieurs options possibles. La responsabilité politique du gouvernement subsiste précisément dans le choix entre ces options.

Le pétrole ne dispense pas de remettre les comptes en ordre

L’économie sénégalaise a progressé de 6,7 % en 2025, première année complète de production pétrolière. Hors hydrocarbures, la croissance n’a été que de 2,2 %. Au premier trimestre 2026, la croissance hors hydrocarbures est remontée à 4,7 % sur un an.

Ces chiffres permettent de mesurer l’importance prise par les nouvelles ressources pétrolières et gazières. Ils indiquent aussi pourquoi elles ne suffisent pas à elles seules à résoudre la question budgétaire.

Une économie peut afficher une forte croissance liée à l’extraction d’hydrocarbures sans que les recettes fiscales augmentent immédiatement dans les mêmes proportions. Les coûts de production, les contrats conclus avec les opérateurs, les investissements à rembourser et le calendrier des recettes retardent ou réduisent la part effectivement disponible pour l’État.

Le Sénégal devra donc gérer simultanément trois calendriers : celui de la dette à rembourser, celui des réformes budgétaires et celui de la montée en puissance des recettes pétrolières et gazières.

Leur articulation déterminera une grande partie de la marge de manœuvre réelle du gouvernement.

Ce que le programme permettra de juger

Le débat sur le FMI tourne souvent autour d’une alternative trop simple : accepter le Fonds ou préserver sa souveraineté.

Le cas sénégalais appelle une lecture plus précise.

Le pays doit retrouver l’accès à des financements, traiter une dette devenue très lourde, réparer les mécanismes qui ont permis de dissimuler une partie des engagements publics et protéger en même temps les dépenses nécessaires au fonctionnement de l’économie et à la protection sociale.

Le futur programme donnera des instruments, du financement et une forme de garantie aux partenaires du Sénégal. Il introduira aussi des contraintes chiffrées, des examens périodiques et un calendrier de réformes.

Le jugement portera donc sur des choix très concrets : quelles dépenses seront préservées, quelles recettes seront recherchées, qui supportera l’ajustement et quelles règles empêcheront que les mêmes difficultés se reconstituent ?

Le résultat ne se lira pas seulement dans le montant de la dette. Il faudra regarder les écoles et les hôpitaux, l’investissement public, la pression fiscale, la situation des ménages, l’emploi, les entreprises et la capacité de l’administration à rendre ses comptes.

DOSSIER — Comprendre le programme Sénégal–FMI

Les chiffres à retenir

Indicateur Situation connue
Programme envisagé 36 mois
Financement FMI envisagé ≈ 2,2 milliards $
Dette publique totale estimée fin 2024 132 % du PIB
Croissance 2025 6,7 %
Croissance 2025 hors hydrocarbures 2,2 %
Inflation 2025 1,4 %
Croissance hors hydrocarbures T1 2026 4,7 % sur un an

Les mots à connaître

FMI — Fonds monétaire international — Institution internationale qui prête notamment aux États rencontrant des difficultés financières extérieures, en contrepartie d’un programme économique négocié.

FEC — Facilité élargie de crédit — Mécanisme de financement concessionnel du FMI destiné aux pays à faible revenu confrontés à des difficultés durables de balance des paiements.

PIB — produit intérieur brut — Valeur totale des biens et services produits dans le pays pendant une période donnée.

Dette publique — Ensemble des sommes dues par l’État et, selon le périmètre retenu, par d’autres organismes publics.

Service de la dette — Sommes à payer pendant une période : intérêts et remboursements de capital.

Soutenabilité de la dette — Capacité d’un État à continuer de payer sa dette sans recourir à des financements irréalistes ni imposer à l’économie un ajustement impossible à maintenir.

Assainissement ou consolidation budgétaire — Réduction progressive du déséquilibre des finances publiques, par davantage de recettes, moins de dépenses ou une combinaison des deux.

Arriérés — Sommes qui auraient dû être payées mais dont le règlement est retardé.

Mobilisation des ressources intérieures — Augmentation des recettes que l’État recueille dans son propre pays, principalement par la fiscalité et une amélioration du recouvrement.

Transfert monétaire ciblé — Somme versée directement à certains ménages identifiés comme vulnérables.

Comment fonctionne un programme du FMI ?

Difficulté financière → négociation avec le FMI → accord au niveau des services → validation par le Conseil d’administration → premier décaissement → mise en œuvre des réformes → examens périodiques → nouveaux décaissements si le programme reste sur sa trajectoire.

Ce que le FMI peut influencer — et ce qui reste une décision nationale

Domaine Influence du programme Décision nationale conservée
Niveau global du déficit Forte Choix précis des recettes et dépenses
Dette Forte surveillance Nature des opérations décidée par l’État
Fiscalité Objectifs de recettes Impôts précis à modifier ou créer
Dépenses Objectifs de maîtrise Arbitrage entre secteurs
Protection sociale Peut faire partie des engagements Organisation concrète des aides
Entreprises publiques Exigences de transparence possibles Politique sectorielle nationale

Pourquoi la dette sénégalaise ne se réduit pas au chiffre de 132 %

La monnaie de la dette — une dette en devise étrangère expose davantage au risque de change.

Le taux d’intérêt — deux dettes de même montant peuvent coûter très différemment.

La date des échéances — plusieurs remboursements concentrés sur quelques années créent davantage de pression.

L’identité des créanciers — banques locales, investisseurs internationaux, autres États ou institutions multilatérales ne réagissent pas de la même manière.

La part des recettes publiques absorbée par le service de la dette — elle mesure directement ce qu’il reste pour les autres dépenses.

Questions à suivre

Le Conseil d’administration du FMI approuvera-t-il le programme aux conditions annoncées ? Quelles dettes seront effectivement concernées par le traitement demandé par Dakar ? Quelle part de l’effort reposera sur les recettes nouvelles, quelle part sur les économies de dépenses ? Quelles dépenses sociales et quels investissements seront protégés ? Quel sera le calendrier concret de réduction de la dette ?

Pour prolonger la réflexion

• FMI, « Le FMI parvient à un accord au niveau des services sur un accord au titre de la Facilité élargie de crédit avec le Sénégal », 1er septembre 2026.

• FMI, « Questions clés sur le Sénégal », mise à jour du 18 août 2026.

• FMI, point presse du 15 janvier 2026 : estimation de la dette publique sénégalaise à 132 % du PIB fin 2024.

• Reuters, 15–16 septembre 2026 : discussions sur le traitement de la dette et accélération du nouveau programme.

Fonds documentaire Mérisphère

Pour approfondir certaines notions mobilisées dans cet article, consulter dans le Fonds documentaire Mérisphère : Fonds monétaire international ; Facilité élargie de crédit ; soutenabilité de la dette ; service de la dette ; consolidation budgétaire ; traitement de la dette souveraine ; Cadre commun du G20.