L’élargissement du spectre par l’inclusion de la différence : telle est ma vision de l’histoire africaine
Résumé
Mots-clés — histoire africaine ; différence ; pluralité ; identité ; mémoire ; circulation
Abstract
Keywords — African history; difference; plurality; identity; memory; circulation
L’histoire s’est souvent donné la mission de découvrir la vérité sur l’activité humaine et son itinéraire dans le temps. L’histoire suppose que cette activité, contenue dans les documents, est nécessairement cumulative, que son tracé est progressif. Du coup, c’est l’histoire elle-même qui finit par être confondue avec le mouvement ascendant. Le « progrès » est le terme pour qualifier ce mouvement ascendant.
« Progresser » est devenu le synonyme de la marche en avant dans un sens unique, où « la crise » ne figure que comme un arrêt provisoire, mais néanmoins fécond en éléments nécessaires à l’accélération. Histoire, progrès, sens, finalité sont associés pour signifier le devenir. C’est cette conception de l’histoire qui est explicitée par la philosophie hégélienne de l’histoire dont Marcien Towa s’est servi dans son Essai sur la problématique de la philosophie dans l’Afrique actuelle.
Le progrès, ainsi assimilé à l’histoire, amènera les historiens à conclure que les périodes qui ne reflètent aucun progrès n’appartiennent pas à l’histoire, mais à la préhistoire. Elles relèvent du « fixisme », attribut des peuples préhistoriques. Ces derniers n’en sortiraient qu’en y insinuant le mouvement. Le mouvement étant le fait de l’événement qui fait éclater le cercle du temps traditionnel. Et qui distingue désormais un « homme du passé » et un « homme nouveau » en phase avec l’événement.
Nietzsche montre comment cette distinction entre l’homme d’hier et d’aujourd’hui ne saurait suffire pour purger la question de l’histoire. Pour lui, s’il y a un homme du passé, à savoir l’homme d’autrefois, il y a aussi l’homme d’aujourd’hui, l’homme du présent, et l’homme de demain. La question ne saurait se limiter donc à savoir s’il y a une continuité ou une rupture entre l’homme d’hier et celui d’aujourd’hui, mais s’il y a-t-il une continuité ou une rupture entre l’homme du passé et l’homme d’aujourd’hui, et celui de demain. En s’interrogeant sur les diverses temporalités énoncées, on ne peut manquer de se poser ces questions simples : que sait-on vraiment de l’homme d’hier dont l’histoire ne se réduit pas à celle d’un héros ? Et tous les autres hommes, qu’en fait l’historien ? Que fait-il de ce non-événementiel ? En a-t-on fait le tour complet au point d’en offrir une vision complète ? L’histoire « politique » (celle du héros) résume-t-elle toute l’histoire locale de l’homme ? Que sait-on de l’homme d’aujourd’hui ? Le connaît-on mieux grâce des canons et à des méthodologies universels ? d’une manière définitive ? Doté du même visage que partout dans le monde ? Que sait-on de l’homme de demain, ici et ailleurs ? L'histoire a-t-elle la capacité d'offrir davantage de « leçons » à tout le monde qu'elle n'en propose actuellement ? Son essence est-elle autre que narrative ?
Plutôt que de nous conduire vers une science universelle, il nous semble que l’histoire continue de souligner que l'homme est une entité changeante, impossible à juger de manière fixe. L'histoire ne parvient pas à fournir une compréhension totale de l'articulation entre l'économique et le social, et elle reste, aujourd’hui comme à d’autres époques, incapable d’affirmer que, étant donné l'événement A, l'événement B se produira inévitablement.
Le seul progrès envisageable pour l'histoire réside, à notre avis, dans l'élargissement de sa perspective et dans une compréhension plus fine de l'originalité des événements. Ce type de progrès, subtil et discret, se manifeste par l'accroissement d'un trésor d'expériences locales. Tout autre prétendu progrès, lié aux conventions du genre, aux tendances actuelles ou à des opportunités heuristiques, ne représente ne représente selon nous qu'une évolution superficielle. L'histoire n'avance pas de manière linéaire, mais plutôt qu’en s'élargissant.
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