Le nationalisme transcendantal de Simon Kimbangu
Résumé
Mots-clés — Simon Kimbangu ; religion ; nationalisme ; Congo ; colonialisme ; émancipation
Abstract
Keywords — Simon Kimbangu; religion; nationalism; Congo; colonialism; emancipation
Bien que fondamentalement religieux, le kimbanguisme a revêtu une dimension nationaliste dès sa création, mais d’un nationalisme qui tranche avec d’autres formes de nationalisme africain. Un nationalisme que l’on pourrait qualifier de transcendantal, du fait qu’il ne s’est jamais enfermé dans les frontières de la géographie coloniale.
Quoique fondé sur la Bible et le christianisme, le discours de Simon Kimbangu est rapidement apparu aux yeux des administrations coloniales comme dangereux, tant du côté belge, portugais (Angola) que français (Congo-Brazzaville). Parce que ce discours avait toutes les caractéristiques pour être dupliqué et appliqué à la lettre dans les autres pays africains sous domination coloniale.
Le nationalisme transcendantal du kimbanguisme apparaît clairement dans ses enseignements spirituels et dans le prosélytisme très actif de ses disciples, que l’administration coloniale belge a commis l’erreur de « reléguer » dans l’arrière-pays et qui en ont profité pour diffuser largement l’enseignement du maître. Ce nationalisme transcendantal repose sur les piliers suivants :
L’autonomie du spirituel et du politique est un leurre :
En liant le spirituel au politique, le kimbanguisme a rompu avec le dogme catholique des deux cités, théorisé par Augustin. Le dualisme de la représentation des deux sphères, ou des deux règnes, chez Augustin se fond dans le monisme du règne inversé.
Chez Simon Kimbangu, il n’y a pas de royaume de Dieu autre que le royaume terrestre. Il n’y a qu’un seul royaume continu, renversé par l’homme blanc lors de la conquête de l’Afrique. Dès lors, il n’est pas question pour lui d’accepter la domination coloniale comme le chemin nécessaire de la rédemption, en attendant l’accès au paradis, dans un monde à venir différent. Pour Simon Kibangu, la rédemption a lieu dans le même monde, et non dans un monde hypothétique. Elle garde les mêmes éléments du monde, elle ne change pas le monde, elle en inverse l’ordre tout simplement.
La foi n’est pas un acte abstrait et délocalisé géographiquement. Elle est la connaissance intérieure de l’avenir concret, réalisée lorsque « les Noirs deviendront les Blancs (c’est-à-dire les dominants) et les Blancs, les Noirs (c’est-à-dire les dominés) ».
Cette dialectique de l’inversion des pôles confère au kimbanguisme un statut qui ne le réduit pas à un simple mouvement religieux. Elle le dote de l’envergure d’une pensée globale, dans laquelle le lien entre le spirituel et le politique occupe certes une place importante, sans pour autant s’y limiter.
En prêchant la nécessité de savoir lire et de comprendre, de faire la différence entre l’œuvre et texte, le commentaire et l’explicitation du texte, la pertinence du texte par rapport au contexte historique, voire la nécessité pour chaque individu d’user de sa raison pour comprendre ce qu’il lit, en prêchant également la nécessaire conjonction entre la pensée et l’action, la solidarité communautaire et les vertus cardinales, Kimbangu a offert à l’Afrique un champ immense de pensée et, en même temps, une panoplie de moyens pour se libérer du rapport asymétrique avec les forces qui la dominent. Le projet étant que l’Afrique remette le monde dans l’ordre naturel des choses en reprenant le contrôle de sa destinée.
Discussion autour de l’article
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