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ACCUEIL › FONDS DOCUMENTAIRE › VEILLE DU 29 SEPTEMBRE 2026
DOSSIER DOCUMENTAIRE

Après la négritude, les nouveaux visages du marronnage

Fiches associées à l’article
REPÈRE PRINCIPAL6 fiches

Définitions, cadres juridiques, historiques et institutionnels associés.

Fonds documentaire Mérisphère — version française de contrôle pré-BAT.

Marronnage

Dans les sociétés esclavagistes des Amériques et de l’océan Indien, le marronnage désigne la fuite d’une personne réduite en esclavage hors de l’espace où elle était tenue. Le phénomène recouvre des situations différentes, allant de l’absence temporaire à la formation de communautés durables échappant en partie au contrôle colonial.

Les sociétés marronnes ont développé, selon les lieux, leurs propres formes d’organisation, de défense, de production et de transmission culturelle. Certaines ont négocié avec les pouvoirs coloniaux ; d’autres ont été combattues militairement. Le marronnage appartient donc à l’histoire sociale et politique de l’esclavage, et pas seulement à son imaginaire.

Le mot est aujourd’hui repris dans des créations artistiques, des mouvements culturels et des discours politiques. Cette extension métaphorique peut désigner une sortie d’un ordre dominant, une pratique d’autonomie ou une création qui déplace les normes établies.

L’usage contemporain gagne à conserver le lien avec l’histoire qui lui donne son sens. Une œuvre, une langue ou une pratique culturelle n’est pas l’équivalent de la fuite d’un esclave. Le terme peut néanmoins servir à penser la manière dont une création travaille un héritage de domination et invente d’autres espaces d’expression.

Sources de référence — Historiographie de l’esclavage et des sociétés marronnes ; programme du Mois Kréyol 2026.

Négritude

La négritude est un mouvement intellectuel, littéraire et politique né dans les années 1930 autour d’écrivains noirs francophones, notamment Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor et Léon-Gontran Damas. Elle naît dans un contexte colonial où les cultures africaines et noires sont souvent présentées comme inférieures ou destinées à disparaître au profit de l’assimilation.

Le terme recouvre des pensées qui ne sont pas identiques. Césaire, Senghor et Damas ne donnent ni le même contenu à la culture noire ni la même place à l’universel, à la politique ou à l’héritage africain. La négritude ne peut donc être réduite à une doctrine unique.

Elle a servi à se retourner contre le système colonial des catégories utilisées pour hiérarchiser les populations. Elle a également été critiquée, notamment lorsqu’elle semblait attribuer aux peuples noirs des caractéristiques culturelles trop générales ou trop figées.

Son histoire reste inséparable des circulations entre l’Afrique, les Caraïbes, l’Europe et les Amériques. Le Congrès de 1956 montre précisément que l’affirmation d’un espace intellectuel noir pouvait coexister avec des désaccords profonds sur sa définition.

Sources de référence — Œuvres de Césaire, Senghor et Damas ; Présence Africaine ; archives du Congrès de 1956.

Antillanité

L’antillanité désigne une orientation intellectuelle qui cherche à penser les sociétés antillaises à partir de leur histoire et de leur réalité propres, plutôt que d’une identité ramenée uniquement à l’Europe ou à une origine africaine reconstituée.

Édouard Glissant a donné au terme une portée majeure. L’histoire antillaise résulte de la colonisation, de l’esclavage, de la plantation, des migrations, des langues et de rencontres imposées ou choisies. L’identité qui en résulte ne se réduit pas à une seule filiation.

L’antillanité ne nie pas l’importance de l’Afrique dans l’histoire caribéenne. Elle déplace la question. L’expérience antillaise doit aussi être comprise dans l’espace caribéen, dans les sociétés créoles et dans les relations historiques qui ont produit ces territoires.

Cette orientation prépare plusieurs développements ultérieurs de la pensée de Glissant, notamment la créolisation et la Relation. Elle contribue également aux débats qui, après la négritude, interrogent la manière de penser une identité sans l’enfermer dans une origine unique.

Sources de référence — Édouard Glissant, notamment Le Discours antillais ; travaux sur les pensées caribéennes.

Créolité

La créolité est formulée à la fin des années 1980 par Jean Bernabé, Patrick Chamoiseau et Raphaël Confiant dans Éloge de la créolité. Les auteurs entendent partir de l’expérience historique, linguistique et culturelle créole des Antilles plutôt que d’une identité définie principalement par l’Europe ou par le seul retour à l’Afrique.

Le concept accorde une place centrale à la pluralité des héritages, aux langues créoles, à l’oralité et aux formes culturelles issues de sociétés façonnées par la colonisation, l’esclavage et les contacts entre populations diverses.

La créolité s’inscrit dans une conversation avec la négritude et l’antillanité, sans s’y confondre. Elle a elle-même fait l’objet de débats sur la manière dont elle définit l’identité créole et sur le risque de transformer une réalité historique mouvante en une nouvelle catégorie stable.

Dans l’histoire intellectuelle caribéenne, elle constitue donc à la fois une proposition et un objet de controverse. Sa postérité se lit dans la littérature, les débats linguistiques et les réflexions sur la place des cultures créoles au sein des institutions.

Sources de référence — Jean Bernabé, Patrick Chamoiseau et Raphaël Confiant, Éloge de la créolité ; travaux critiques sur la créolité.

Créolisation

La créolisation désigne, chez Édouard Glissant, un processus de mise en relation qui produit des formes culturelles nouvelles sans que le résultat puisse être entièrement prédit à partir des éléments initiaux. Le concept part de l’expérience des sociétés créoles, mais ne se limite pas aux Antilles.

Il ne s’agit pas d’un simple mélange où chaque élément resterait intact et identifiable. La rencontre transforme ce qui entre en relation. Langues, pratiques, imaginaires et identités peuvent ainsi produire des formes nouvelles qui ne se réduisent pas à une simple addition.

Glissant distingue cette dynamique d’une vision de l’identité fondée sur une racine unique. La créolisation permet de penser des sociétés façonnées par les déplacements, les contacts, les ruptures et les transformations réciproques.

Le terme a ensuite circulé bien au-delà de l’œuvre de Glissant. Cette diffusion oblige à conserver son exigence conceptuelle. Toute diversité culturelle n’est pas automatiquement une créolisation ; le concept désigne un processus de transformation au sein de la relation.

Sources de référence — Édouard Glissant, Poétique de la Relation et textes sur la créolisation.

Relation

La Relation est l’un des concepts centraux de la pensée d’Édouard Glissant. Elle désigne une manière de penser les identités, les cultures et les histoires à partir de leurs liens, de leurs transformations réciproques et de leur présence dans un monde où aucune communauté ne se développe entièrement seule.

La Relation ne demande pas la disparition des différences. Elle refuse qu’une identité soit comprise comme une essence close ou comme le développement d’une origine unique. Les sociétés gardent leur histoire propre tout en étant modifiées par leurs rencontres.

Cette pensée s’accompagne, chez Glissant, d’autres notions, notamment la créolisation et le droit à l’opacité. Elle permet de lire les circulations entre l’Afrique, les Caraïbes et les Amériques sans supposer qu’elles forment une culture homogène.

Dans le dossier Mérisphère consacré à 1956, la Relation aide à comprendre un déplacement historique. Le Congrès cherchait un espace commun au sein du « monde noir » ; les générations suivantes ont davantage insisté sur les différences internes, les langues, les trajectoires et les multiples formes de mise en relation.

Sources de référence — Édouard Glissant, Poétique de la Relation ; Traité du Tout-Monde.
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