Merisphere Publishing
← Retour au Fonds documentaire

Fonds documentaire Mérisphère

Fatigue de l’aide

L’expression « fatigue de l’aide » est utilisée pour décrire une diminution de la volonté des gouvernements, des institutions ou de l’opinion publique de maintenir les niveaux antérieurs d’assistance internationale.

L’expression est commode, mais doit être utilisée avec prudence. Un État ne se fatigue pas comme un individu. Les gouvernements préparent des budgets, les parlements votent les dépenses et les autorités politiques déterminent les priorités.

Ce qui est décrit comme une fatigue peut donc recouvrir plusieurs évolutions différentes.

Besoins, attention et ressources

Trois choses doivent être distinguées : l’ampleur des besoins humanitaires ou de développement, l’attention que ces besoins reçoivent et les ressources qui leur sont effectivement consacrées.

Les besoins peuvent augmenter tandis que les financements diminuent. Une crise peut continuer alors même qu’elle a largement disparu de l’actualité internationale. Une autre peut recevoir davantage d’attention politique et médiatique et mobiliser plus rapidement des ressources.

Une baisse du financement ne démontre donc pas que le besoin sous-jacent a diminué.

Choix budgétaires

L’assistance internationale entre en concurrence avec d’autres dépenses publiques.

Les difficultés économiques, la dette, les dépenses de défense, les politiques sociales nationales, les changements de gouvernement ou de nouvelles priorités géopolitiques peuvent affecter les montants consacrés à l’aide.

Une réduction de l’aide peut donc résulter d’une décision politique ou budgétaire explicite plutôt que d’un changement mesurable du souci porté aux populations d’autres pays.

Le terme « fatigue » peut masquer ces choix s’il est traité comme une explication en lui-même.

Toutes les crises ne reçoivent pas la même attention

La visibilité internationale d’une crise dépend de nombreux facteurs : sa localisation géographique, sa durée, l’accès des journalistes, son importance politique, les images disponibles, les intérêts diplomatiques et la présence d’organisations internationales.

Les crises qui durent peuvent devenir familières et recevoir moins d’attention alors même que la situation des populations concernées ne s’est pas améliorée.

La répartition de l’attention n’est donc pas nécessairement celle des besoins.

Opinion publique et décisions de l’État

Les dons du public, les enquêtes d’opinion et les mobilisations volontaires peuvent renseigner sur les attitudes individuelles à l’égard de la solidarité internationale.

Ils ne mesurent pas directement les décisions des États.

Inversement, un gouvernement peut réduire son budget d’aide sans que cela prouve que sa population se préoccupe moins des populations étrangères.

Les deux niveaux peuvent s’influencer, mais ne doivent pas être confondus.

Un terme plutôt qu’une mesure

Il n’existe pas d’indicateur international unique de la « fatigue de l’aide ».

L’APD, les financements humanitaires, les dons du public, les enquêtes d’opinion et la visibilité médiatique des crises mesurent des phénomènes différents.

L’expression peut être utile pour décrire une impression générale de recul de la mobilisation. Elle devient moins fiable lorsqu’elle est utilisée comme explication directe de la diminution de l’assistance.

Les chiffres montrent ce que dépensent les gouvernements et les institutions. Comprendre pourquoi ils dépensent moins exige d’examiner leurs décisions, leurs priorités et leurs contraintes.

Fiches liées

Aide humanitaire — Insécurité alimentaire aiguë — Déplacement forcé — Aide publique au développement